ACTE 11 , SCÈN E V
léandre. Ah! ah! vous voilà! Je suis ravi de vous trouver, monsieur le coquin.
scapin. Monsieur, votre serviteur. C’est trop d honneur que vous me laites. léandre, mettant l’épée à la main. Vous faites le méchant plaisant! Ah! je vous apprendrai.
! scapin , se mettant à genoux. Monsieur !
' octave, se mettant entre deux pour empêcher Léandre de frapper Scapin. Ah , Léandre !
léandre. Non, Octave, ne me retenez point , je vous prie. scapin , à Léandre. Hé , monsieur !
octave, retenant Léandre. De grâce!
léandre, voulant frapper Scapin. Laissez-moi contenter mon ressentiment.
octave. Au nom de l’amitié, Léandre, ne le maltraitez point. scapin. Monsieur, que vous ai-je lait?
léandre, voulant frapper Scapin. Ce que tu m’as fait, traître! octave, retenant encore Léandre. Hé! doucement.
léandre. Non, Octave, je veux qu’il me confesse lui-méme, tout à l’heure, la perfidie qu’il m’a faite. Oui , coquin , je sais le trait que tu m’as joué; on vient de me l’apprendre , et tu ne croyois pas peut-être que l’on me dût révéler ce secret; mais je veux en avoir la confession de ta propre bouche , ou je vais te passer cette épée au travers du corps.
| scapin. Ah, monsieur ! auriez-vous bien ce cœur-là? leandre. Parle donc.
scapin. Je vous ai fait quelque chose , monsieur ?
léandre. Oui , coquin , et ta conscience ne te dit que trop ce que c’est.
scapin. Je vous assure que je l’ignore.
léandre, s’ avançant pour frapper Scapin. Tu l’ignores!
octave, retenant Léandre. Léandre!
scapin. Hé bien , monsieur, puisque vous le voulez, je vous confesse que j’ai bu avec mes amis ce petit quartaut de vin d’Espagne , dont on vous fit présent il y a quelques jours, et que c’est moi qui fis une fente au tonneau, et répandis de l’eau autour pour faire croire que le vin s’étoit échappé.
léandre. C’est toi, pendard, qui m’as bu mon vin d’Espagne, et qui as été cause (pie j’ai tant querellé la servante, croyant que c’étoit elle (pii m’avoit fait le tour ?
scapin. Oui, monsieur, je vous en demande pardon.
léandre. Je suis bien aise d’apprendre cela. Mais ce n’est pas l’affaire dont il est question maintenant.
scapin. Ce n’est pas cela, monsieur?
léandre. Non : c’est une autre affaire qui me touche bien plus, et je veux que tu me la dises. '
««0 LES FOURBERIES DE SCAP1N
scapin. Monsieur, je ne me souviens pas d’avoir fait autre chose. i.éanpre, voulant frapper Scapin. Tu neveux pas parler? scapin. Hé!
octave, retenant Léandre. Tout doux !
scapin. Oui, monsieur; il est vrai qu’il y a trois semaines que vous m’envoyâtes porter, le soir, une petite montre à la jeune Égyptienne que vous aimez. Je revins au logis mes habits tout couverts de boue, et le visage plein de sang, et vous dis que j’avois trouvé des voleurs qui m’avoient bien battu, et m’avoient dérobé la montre. C’étoit moi, monsieur, qui l’avois retenue.
i.éandue. C’est toi qui as retenu ma montre? scapin. Oui, monsieur, afin de voir quelle heure il est.