ACTE II, SCKINt; l
sylvestre. Je viens d’apprendre qu’il veut me mettre en procès, et faire rompre par justice le mariage de ma sœur. scapin. Je ne sais pas s’il a cette pensée; mais il ne veut point consentir aux deux cents pistoles que vous voulez; et il dit que c’est trop. sylvestre. Par la mort! par la tête! par la ventre! si je le trouve, je le veux échiner, dussé-je être roué tout vif.
{Ar gante , pour n être point vu , se tient en tremblant derrière Scapin. ) scapin. Monsieur, ce père d’Octave a du cœur , et peut-être ne vous craindra-t-il point.
sylvestre. Lui, lui? Par la sang, par la tête! s’il étoit là, je lui donnerois tout à l’heure de l’épée dans le ventre. ( apercevant Armante. ) Qui est cet homme-là?
scapin. Ce n’est pas lui, monsieur; ce n’est pas lui. sylvestre. N’est-ce point quelqu’un de ses amis? scapin. Non, monsieur; au contraire, c’est son ennemi capital, sylvestre, Son ennemi capital?
<>"0 LES FOURBERIES UE SCAPIN
SCAPIN. Oui.
sylvestre. Ah ! parbleu , j’en suis ravi. ( à Armante. ) Vous êtes ennemi , monsieur, de ce faquin d’Argante? Hé?
scapin. Oui , oui ; je vous en réponds.
sylvestre, secouant rudement la main d,' Argante. Touchez là, touchez. Je vous donne ma parole , et vous jure sur mon honneur, par l’épée que je porte, par tous les serments que je saurois faire, qu’avant la lin du jour je vous déferai de ce maraud lieffé , de ce faquin d’Argante. Reposez-vous sur moi.
scapin. Monsieur, les violences en ce pays-ci ne sont guère souffertes. sylvestre. Je me moque de tout , et je n’ai rien à perdre. scapin. Il se tiendra sur ses gardes, assurément; et il a des parents, des amis et des domestiques, dont il se fera un secours contre votre ressentiment.
sylvestre. C’est ce que je demande, morbleu! c’est ce que je demande. ( mettant V épée à la main. ) Ah , tète! ah , ventre! Que ne le trouvé-je à cette heure avec tout son secours ! Que ne paroît-il à mes yeux au milieu de trente personnes! Que ne les vois-je fondre sur moi les armes à la main ! ( se mettant en garde.) Comment! marauds, vous avez la hardiesse de vous attaquer à moi! Allons , morbleu, tue. ( poussant de tous les cotés , comme s'il avoit plusieurs personnes à combattre.) Point de quartier. Donnons. Ferme. Poussons, Bon pied , bon œil. Ah , coquins! ah , canaille! vous en voulez par là ! je vous en ferai tâter votre saoul. Soutenez, marauds; soutenez. Allons. A cette botte. A cette autre. (5e tournant du côté d’Argante et de Scapin .) A celle-ci. A celle-là. Comment! vous reculez! Pied ferme, morbleu! pied ferme! scapin. Hé , hé , hé ! monsieur , nous n’en sommes pas. sylvestre. Voilà qui vous apprendra à vous oser jouer à moi.