acte ii, scène vin. <;r
ploits, sur quoi vous serez condamné sans que vous le sachiez. Votre procureur s’entendra avec votre partie , et vous vendra à beaux deniers comptants. Votre avocat, gagné de même, ne se trouvera point lorsqu’on plaidera votre cause , ou dira des raisons qui ne feront que battre la campagne, et n’iront point au fait. Le greffier délivrera par contumace des sentences et arrêts contre vous. Le clerc du rapporteur soustraira des pièces, ou le rapporteur même ne dira pas ce qu’il a vu; et quand, par les plus grandes précautions du monde, vous aurez paré tout cela, vous serez ébahi que vos juges auront été sollicités contre vous, ou par des gens dévots, ou par des femmes qu’ils aimeront. Eh! monsieur, si vous le pouvez, sauvez-vous de cet enfer-là. C’est être damné dès ce monde, que d’avoir à plaider; et la seule pensée d’un procès seroit capable de me faire fuir jusqu’aux Indes.
argante. A combien est-ce qu’il fait monter le mulet?
LES FOURBERIES DE SCA PI N
scapin. Monsieur, pour le mulet, pour son cheval et celui de son homme, pour le harnois et les pistolets, et pour payer cpielque petite chose qu’il doit à son hôtesse, il demande en tout deux cents pistoles. argante. Deux cents pistoles!
scapin. Oui.
argante , se promenant en colère. Allons, allons; nous plaiderons.
scapin. Faites réflexion.
argante. Je plaiderai.
scapin. Ne vous allez point jeter...
1 argante. Je veux plaider.
scapin. Mais pour plaider, il vous faudra de l’argent. Il vous en faudra pour l’exploit; il vous en faudra pour le contrôle ; il vous en faudra pour la procuration , pour la présentation , conseils, productions, et journées du procureur. Il vous en faudra pour les consultations et plaidoiries des avocats pour le droit de retirer le sac, et pour les grosses d’écritures. Il vous en faudra pour le rapport des substituts, pour les épices de conclusion, pour l’enregistrement du greffier, façon d’appointement, sentences et arrêts, contrôles, signatures et expéditions de leurs clercs ; sans parler de tous les présents qu’il vous faudra faire. Donnez cet argent-là à cet homme-ci, vous voilà hors d’affaire. argante. Comment! deux cents pistoles!
scapin. Oui. Vous y gagnerez. J’ai fait un petit calcul, en moi-même, de tous les frais de la justice, et j’ai trouvé qu’en donnant deux cents pistoles à votre homme, vous en aurez de reste, pour le moins, cent cinquante, sans compter les soins, les pas et les chagrins que vous vous épargnerez. Quand il n’y auroit à essuyer que les sottises que disent devant tout le monde de méchants plaisants d’avocats, j’aimerois mieux donner trois cents pistoles, que de plaider. argante. Je me moque de cela, et je défie les avocats île rien dire de moi. scapin. Vous ferez ce qu’il vous plaira; mais, si j’étois que devons, je fuirois les procès.
argante. Je ne donnerai point deux cents pistoles. scapin. Voici l’homme dont il s’agit.
ARGANTE , SCAPIN ; SYLVESTRE , déguisé en spadassin.
sylvestre. Scapin, fais-moi connoître un peu cet Argante, qui est père d’Octave.
scapin. Pourquoi, monsieur?