SCÈNE II
LA COMTESSE, JULIE, ANDRÉE; et CRIQUET, dans le fond du théâtre.
la comtesse. Ah, mon dieu ! madame, vous voilà toute seule? Quelle pitié est-ce là? Toute seule! 11 me semble que mes gens m’avaient dit que le vicomte était ici.
julie. Il est vrai qu’il y est venu; mais c’est assez pour lui de savoir que vous n’y étiez pas , pour l’obliger à sortir.
la comtesse. Comment ! il vous a vue ?
julie. Oui.
la comtesse. Et il ne vous a rien dit?
julie. Non madame; et il a voulu témoigner par là qu’il est tout entier à vos charmes.
la comtesse. Vraiment , je le veux quereller de cette action. Quelque amour que l’on ait pour moi , j’aime que ceux qui m’aiment rendent ce qu’ils doivent au sexe ; et je ne suis point de l’humeur de ces femmes injustes, (pii s’applaudissent des incivilités que leurs amants font aux autres belles.
julie. U ne faut point, madame , que vous soyez surprise de son procédé. L’amour que vous lui donnez éclate dans toutes ses actions , et l'empêche d’avoir des yeux que pour vous.
la comtesse. Je crois être en état de pouvoir faire naître une passion assez forte , et je me trouve pour cela assez de beauté , de jeunesse et de qualité, dieu merci; mais cela n’empêche pas qu’avec ce que j’inspire, on ne puisse garder de l’honnêteté et de la complaisance pour les autres. ( apercevant Criquet.) Que faites-vous donc là, laquais? Est-ce qu’il n’y a pas une antichambre où se tenir, pour venir quand on vous appelle? Cela est étrange, qu’on ne puisse avoir en province un laquais