‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 639 sur 785 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Mais je ne puis du tout approuver sa chimère,

Et me rendre l’écho des choses qu’elle dit,

Aux encens qu’elle donne à son héros d’esprit.

Son monsieur Trissotin me chagrine , m’assomme ;

Et j’enrage de voir qu’elle estime un tel homme, Qu’elle nous mette au rang des grands et beaux esprits Un benêt dont partout on siffle les écrits,

Un pédant dont on voit la plume libérale D’officieux papiers fournir toute la halle.

Henriette. Ses écrits, ses discours, tout m’en semble ennuyeux ,

Et je me trouve assez votre goût et vos yeux ;

Mais, comme sur ma mère il a grande puissance,

Vous devez vous forcer à quelque complaisance.

Un amant fait sa cour où s’attache son cœur;

Il veut de tout le monde y gagner la faveur ;

Et, pour n’avoir personne à sa flamme contraire , Jusqu’au chien du logis il s’efforce de plaire. oi.iTANmui. Oui , vous avez raison ; mais monsieur Trissotin M’inspire au fond de l’ame un dominant chagrin.

Je ne puis consentir , pour gagner ses suffrages ,

A me déshonorer en prisant ses ouvrages :

C’est par eux qu’à mes yeux il a d’abord paru ,

Et je le connaissais avant que l’avoir vu.

Je vis, dans le fatras des écrits qu’il nous donne,

Ce qu’étale en tous lieux sa pédante personne,

La constante hauteur de sa présomption ,

Cette intrépidité de bonne opinion ,

Cet indolent état de confiance extrême,

Qui le rend en tout temps si content de soi-même ,

Qui fait qu’à son mérite incessamment il rit,

Qu’il se sait si bon gré de tout ce qu’il écrit,

Et qu’il ne voudrait pas changer sa renommée Contre tous les honneurs d’un général d’armée. hknriktte. C’est avoir de bons yeux que devoir tout cela.

( i.iTANORE. Jusques à sa figure encor la chose alla ,

Et je vis , par les vers qu’à la tète il nous jette ,

De quel air il falloit que fût fait le poète ;

Et j’en avois si bien deviné tous les traits,

Que, rencontrant un homme un jour dans le Palais ,

Je gageai que c’étoit Trissotin en personne,

Et je vis qu’en effet la gageure était bonne, u en r i kttk . Quel conte !

ceitandre. Non ; je dis la chose comme elle est :

LES FEMMES SAVANTES

Mais je vois votre tante. Agréez , s’il vous plaît ,

Que mon cœur lui décline ici notre mystère,

Et gagne sa faveur auprès de votre mère.

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