‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 670 sur 785 · CLITANDRE · texte numérisé non relu

CLITANDRE

EES FEMMES SAVANTES,

Rien d’impur ne se mêle au but qu’on se propose ;

On aime pour aimer, et non pour autre chose;

Ee n’est qu’à l’esprit seul que vont tous les transports ,

Et l’on ne s’aperçoit jamais qu’on ait un corps.

Pour moi, par un malheur, je m’aperçois, madame ,

Que j’ap, ne vous déplaise, un corps tout comme une ame; Je sens qu’il y tient trop pour le laisser à part :

De ces détachements je ne connois point l’art ;

Le ciel m’a dénié cette philosophie ,

Et mon ame et mon corps marchent de compagnie.

Il n’est rien de plus beau , comme vous avez dit ,

Que ces vœux épurés qui ne vont qu’à l’esprit ,

Ces unions de cœurs, et ces tendres pensées.

Du commerce des sens si bien débarrassées ;

Mais ces amours pour moi sont trop subtilisés :

Je suis un peu grossier, comme vous m’accusez ;

J’aime avec tout moi-méme, et l’amour qu’on me donne En veut, je le confesse , à toute la personne.

Ce n’est pas là matière à de grands châtiments ,

Et , sans faire de tort à vos beaux sentiments,

Je vois que , dans le monde, on suit fort ma méthode ,

Et que le mariage est assez à la mode ,

Passe pour un lien assez honnête et doux ,

Pour avoir désiré de me voir votre époux ,

Sans que la liberté d’une telle pensée

Ait dû vous donner lieu d’en paroître offensée.

Hé bien! monsieur, hé bien! puisque , sans m’écouter ,

Vos sentiments brutaux veulent se contenter ;

Puisque , pour vous réduire à des ardeurs fidèles Il faut des nœuds de chair, des chaînes corporelles ,

Si ma mère le veut, je résous mon esprit A consentir pour vous à ce dont il s’agit.

Il n’est plus temps, madame ; une autre a pris la place ;

Et , par un tel retour , j’aurois mauvaise grâce De maltraiter l’asile et blesser les bontés ,

Où je me suis sauvé de toutes vos fiertés.

Mais enfin, comptez-vous, monsieur, sur mon suffrage , Quand vous vous promettez cet autre mariage;

Et, dans vos visions, savez-vous, s’il vous plaît,

Que j’ai pour Henriette un autre époux tout prêt ?

Hé ! madame, voyez votre choix , je vous prie ; Exposez-moi, de grâce, à moins d’ignominie,

Et ne me rangez pas à l’indigne destin

De me voir le rival de monsieur Trissotin.

L’amour des beaux-esprits, qui chez vous m’est contraire , Ne pouvoit m’opposer un moins noble adversaire.

Il en est, et plusieurs, que, pour le bel-esprit,

Le mauvais goût du siècle a su mettre en crédit;

Mais monsieur Trissotin n’a pu duper personne ,

Et chacun rend justice aux écrits qu’il nous donne.

Hors céans, on le prise en tous lieux ce qu’il vaut ;

Et ce qui m’a vingt fois fait tomber de mon haut,

C’est de vous voir au ciel élever des sornettes Que vous désavoueriez, si vous les aviez faites.

*'h 1 1 a mi RTF.. Si vous jugez de lui tout autrement que nous ,

C’est que nous le voyons par d’autres yeux que vous.

LES FEMMES SAVANTES

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