‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 669 sur 785 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

je veux bien que madame en soit juge équitable. armanoe. Si j’avois le courroux dont on veut m’accuser ,

Je trouverais assez de quoi l’autoriser.

Vous en seriez trop digne ; et les premières flammes S’établissent des droits si sacrés sur les aines ,

Qu’il faut perdre fortune , et renoncer au jour ,

Plutôt que de brûler des feux d’un autre amour.

Au changement de vœux nulle horreur ne s’égale;

Et tout cœur infidèle est un monstre en morale. clitandre. Appelez-vous , madame , une infidélité

Ce que m’a de votre ame ordonné la fierté?

Je ne fais qu’obéir aux lois qu’elle m’impose ;

Et, si je vous offense, elle seule en est cause.

Vos charmes ont d’abord possédé tout mon cœur.

Il a brûlé deux ans d’une constante ardeur ;

Il n’est soins empressés, devoirs, respects, services,

Dont il ne vous ai fait d’amoureux sacrifices.

Tous mes feux, tous mes soins ne peuvent rien sur vous ;

Je vous trouve contraire à mes vœux les plus doux ;

Ce que vous refusez, je l’offre au choix d’un autre.

Voyez. Est-ce, madame, ou ma faute, ou la vôtre?

Mon cœur court-il au change, ou si vous l’y poussez? Est-ce moi qui vous quitte , ou vous qui me chassez? armande. Appelez-vous, monsieur, être à vos vœux. contraire ,

Que de leur arracher ce qu’ils ont de vulgaire ,

Et vouloir les réduire à cette pureté ,

Où du parfait amour consiste la beauté ?

Vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée Du commerce des sens nette et débarrassée ;

Et vous ne goûtez point, dans ses plus doux appas,

Cette union des cœurs, où les corps n’entrent pas.

Vous ne pouvez aimer que d’une amour grossière,

Qu’avec tout l’attirail des nœuds de la matière ;

Et, pour nourrir les feux que chez vous on produit ,

Il faut un mariage, et tout ce qui s’ensuit.

Ah! quel étrange amour! et que les belles âmes Sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes !

Les sens n’ont point de part à toutes leurs ardeurs ;

Et ce beau feu ne veut marier que les cœurs.

Comme une chose indigne, il laisse là le reste;

C’est un feu pur et net comme le feu céleste :

On ne pousse avec lui que d’honnêtes soupirs,

Et l’on ne penche point vers les sales désirs.

CLITANDHE.

AR MANDE

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