‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 716 sur 785 · ACTE i, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE i, SCÈNE IX

crime que de disposer en fraude de la loi : ce sont gens de difficultés, et qui sont ignorants des détours de la conscience. 11 y a d’autres personnes à consulter, qui sont bien plus accommodantes, qui ont des expédients pour passer doucement par-dessus la loi, et rendre juste ce cpii n’est pas permis; cpii savent aplanir les difficultés d une -affaire, et trouver des moyens d’éluder la coutume par quelque avantage indirect. Sans cela, où en serions-nous tous les jours? Il faut de la facilité dans les choses; autrement nous ne ferions rien , et je ne donneiois pas un sol de notre métier.

argan. Ma femme m’avoit bien dit, monsieur, que vous étiez fort habile et fort honnête homme. Comment puis-je faire, s’il vous plaît, pour lui donner mon bien et en frustrer mes enfants?

monsieur DK BONNEFOi. Comment vous pouvez faire? Vous pouvez choisir doucement un ami intime de votre femme, aucpiel vous donnerez, en bonne forme, par votre testament, tout ce que vous pouvez; et cet ami ensuite lui rendra tout. Vous pouvez encore contracter un grand nombre d’obligations non suspectes au profit de divers créanciers qui prêteront leur nom à votre femme, et entre les mains de laquelle ils mettront leur déclaration que ce qu’ils en ont fait n’a été que pour lui faire plaisir. Vous pouvez aussi, pendant que vous êtes en vie, mettre entre ses mains de l’argent comptant, ou des billets que vous pourrez avoir payables au porteur.

béline. Mon dieu! il ne faut point vous tourmenter de tout cela. S’il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde.

argan. Mamie !

béline. Oui, mon ami, si je suis assez malheureuse pour vous perdre...

argan. Ma chère femme !

béline. La vie ne me sera plus de rien.

argan. Mamour!

béline. Et je suivrai vos pas pour vous faire connoître la tendresse que j’ai pour vous.

argan. Mamie, vous ine fendez le cœur! Consolez-vous, je vous en prie.

monsieur de bonnefoi, à Béline. Ces larmes sont hors de saison; et les choses n’en sont point encore là.

béline. Ah ! monsieur, vous ne savez pas ce que c’est qu’un mari qu’on aime tendrement.

argan. Tout le regret que j’aurai , si je meurs, mamie, c’est de n’avoir point un enfant de vous. Monsieur Purgon m’avoit dit qu’il m’en feroit faire un.

monsieur de bonnefoi. Cela pourra venir encore.

argan. Il faut faire mon testament, mamour, de la façon que monsieur dit; mais, par précaution, je veux vous mettre entre les mains vingt mille francs en or, que j’ai dans le lambris de mon alcôve, et deux billets

LE MALADE IMAGINAIRE

payables au porteur, qui nie sont dus, l’un par monsieur Damon , et l’autre par monsieur Gérante.

bélinf.. Non, non, je ne veux point de tout cela. Ah!... Combien ditesvous qu’il y a dans votre alcôve?

argan. Vingt mille francs, mamour.

BÉLiNF.. Ne me parlez point de bien, je vous prie. Ah!... De combien sont les deux billets ?

argan. Ils sont, mamie, l’un de quatre mille francs, et l’autre de six.

BÉLiNF. Tous les biens du monde, mon ami, ne me sont rien au prix de vous.

monsieur de bonnefoi , à Argan. Voulez-vous que nous procédions au testament?

argan. Oui, monsieur; mais nous serons mieux dans mon petit cabinet. Mamour, conduisez-moi , je vous prie.

bélinf. Allons, mon pauvre petit fils.

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