SCÈNE XI
’BÉLINE, dans la maison ; ANGÉLIQUE, TOINETTE.
béline. Toinette!
toinette , à Angélique. Voilà qu’on m’appelle. Bonsoir. Reposez-vous sur moi.
PREMIER INTERMEDE.
Le théâtre change , et représente une ville.
Polichinelle, dans la nuit, vient pour donner une sérénade à sa maîtresse. Il est interrompu d’abord par des violons contre lesquels il se met en colère , et ensuite par le guet, composé de musiciens et de danseurs.
POLICHINELLE
O amour, amour, amour, amour! Pauvre Polichinelle, quelle diable de fantaisie t’es-tu allé mettre dans la cervelle? A quoi t’amuses-tu , misérable insensé que tu es ? Tu quittes le soin de ton négoce, et tu laisses aller tes affaires à l’abandon ; tu ne manges plus , tu ne bois presque plus, tu perds le repos de la nuit; et tout cela , pour qui ? Pour une dragone, franche dragone; une diablesse qui te rembarre et se moque de tout ce que tu peux lui dire. Mais il n’y a point à raisonner là-dessus. Tu le veux, amour; il faut être fou comme beaucoup d’autres. Cela n’est pas le mieux du monde à un homme de mon âge ; mais qu’y faire? On n’est pas sage quand on veut ; et les vieilles cervelles se démontent comme les jeunes. Je viens voir si je ne pourrai point adoucir ma tigresse par une sérénade. Il n’y a rien , parfois, qui soit si touchant qu’un amant qui vient chanter ses doléances aux gonds et aux verrous de la porte de sa maîtresse. ( après avoir pris son luth.) Voici de quoi accompagner ma voix. O nuit ! ô chère nuit! porte mes plaintes amoureuses jusque dans le lit de mon inflexible.