ACTE II , SCENE VI
argumenter à outrance pour la proposition contraire. Il est ferme clans la dispute, fort connue un Turc sur ses principes, ne démord jamais de son opinion , et poursuit un raisonnement jusque dans les derniers recoins de la logique. Mais, sur toute chose, ce qui me plaît en lui , et en quoi il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine.
thomas üiafoirus, tirant de sa poche une grande thèse roulée , quil présente à Angélique. J’ai, contre les circulateurs, soutenu une thèse x
qu’avec la permission ( saluant Argan.) de monsieur, j’ose présenter à mademoiselle, comme un hommage que je lui dois des prémices de mon esprit.
angélique. Monsieur, c’cst pour moi un meuble inutile , et je ne me connois pas à ces choses-là.
S.'C. LE MALADE IMAGINAIRE
■roiNETTH , prenant la thèse. Donnez, donnez. Elle est toujours bonne à prendre pour l’image : cela servira à parer notre chambre. thomas diafoirus, saluant encore Argan. Avec la permission aussi de monsieur, je vous invite à venir voir, l’un de ces jours, pour vous divertir, la dissection d’une femme , sur quoi je dois raisonner. toi mette. Le divertissement sera agréable. Il y en a qui donnent la corné die à leurs maîtresses; mais donner une dissection est quelque chose de plus galant.
m on si eur diafoirus. Au reste, pour ce qui est des qualités requises pour le mariage et la propagation, je vous assure que , selon les règles de nos docteurs , il est tel qu’on le peut souhaiter ; qu’il possède en un degré louable la vertu prolifique, et qu’il est du tempérament qu’il faut pour engendrer et procréer des enfants bien conditionnés. arcan. N’est-ce pas votre intention, monsieur, de le pousser à la cour, et d’y ménager pour lui une charge de médecin? monsieur diafoirus. A vous en parler franchement, notre métier auprès des grands ne m’a jamais paru agréable; et j’ai toujours trouvé qu’il falloit mieux pour nous autres demeurer au public. Le public est commode. Vous n’avez à répondre de vos actions «à personne; et, pourvu que l’on suive le courant des règles de l’art, on ne se met point en peine de tout ce qui peut arriver. Mais ce qu’il y a de fâcheux auprès des grands, c’est que, quand ils viennent à être malades, ils veulent absolument que leurs médecins les guérissent. toinette. Cela est plaisant! et ils sont bien impertinents de vouloir que, vous autres messieurs, vous les guérissiez! Vous n’êtes point auprès d’eux pour cela; vous n’y êtes que pour recevoir vos pensions et leur ordonner des remèdes; c’est à eux à guérir, s’ils peuvent. monsieur diafoirus. Cela est vrai. On n’est obligé qu’à traiter les gens dans les formes.
aroan , a Clé an te. Monsieur, faites un peu chanter ma fille devant la compagnie.
cléante. J’attendois vos ordres , monsieur ; et il m’est venu en pensée , pour divertir la compagnie , de chanter avec mademoiselle une scène d’un petit opéra qu’on a fait depuis peu. {à Angélique , lui donnant un papier. J Tenez, voilà votre partie.
angélique. Moi?
créante, bas . à Angélique. Ne vous défendez point , s’il vous plaît, et me laissez vous faire comprendre ce que c’est que la scène que nous devons chanter. ( haut. ) Je n’ai pas une voix à chanter; mais ici il suffit que je me fasse entendre ; et l’on aura la bonté de m’excuser, par la nécessité où je me trouve de faire chanter mademoiselle. argan. Les vers en sont-ils beaux ?
créante. C’est proprement ici un petit opéra impromptu; et vous n’allez