‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 74 sur 785 · DON PÈDRE, ISIDORE · texte numérisé non relu

DON PÈDRE, ISIDORE

Isidore. Je ne sais pas quel plaisir vous prenez à me réveiller si matin. Cela s’ajuste assez mal, ce me semble, au dessein que vous avez pris de me faire peindre aujourd’hui} et ce n’est guère pour avoir le teint frais et les yeux brillants que se lever ainsi dès la pointe du jour. don pèdue. J’ai une affaire qui m’oblige à sortir à l’heure qu’il est. Isidore. Mais l’affaire que vous avez eût bien pu se passer, je crois, de ma présence ; et vous pouviez , sans vous incommoder, me laisser goûter les douceurs du sommeil du matin.

don pèdre. Oui. Mais je suis bien aise de vous voir toujours avec moi. Il n’est pas mal de s’assurer un peu contre les soins des surveillants; et cette nuit encore , on est venu chanter sous nos fenêtres. isidore. Il est vrai. La musique en étoit admirable. don pèdre. C’étoit pour vous que cela se faisoit? isidore. Je le veux croire ainsi , puisque vous me le dites. don pèdre. .Vous savez qui étoit celui qui donnoit cette sérénade ? isidore. Non pas ; mais qui que ce puisse être , je lui suis obligée. don pèdre. Obligée ?

isidore. Sans doute , puisqu’il cherche à me divertir.

don pèdre. Vous trouvez donc bon qu’il vous .aime ?

isidore. Fort bon. Cela n’est jamais qu’obligeant.

don pèdre. Et vous voulez du bien à tous ceux qui prennent ce soin ?

isidore. Assurément.

don pèdre. C’est dire fort net ses pensées.

isidore. A quoi bon de dissimuler? Quelque mine qu’on fasse on est toujours bien aise d’être aimée. Ces hommages à nos appas ne sont jamais pour nous déplaire. Quoi qu’on en puisse dire , la grande ambition des femmes est, croyez-moi, d’inspirer de l’amour. Tous les soins qu’elles prennent ne sont que pour cela, et l’on n’en voit point de si fière qui ne s’applaudisse en son cœur des conquêtes que font ses yeux.

don pèdre. Mais si vous prenez, vous, du plaisir à vous voir aimée, savez-vous bien , moi , qui vous aime , que je n’y en prends nullement ?

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