‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 755 sur 785 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

mourir sans secours. Il auroit beau faire et beau dire , je ne lui ordonnerais pas la moindre petite saignée , le moindre petit lavement ; et je lui dirais : Crève, crève; cela t’apprendra une autre fois à te jouer à la faculté.

béralde. Vous voilà bien en colère contre lui.

argan. Oui, c’est un malavisé; et, si les médecins sont sages, ils feront ce que je dis.

béralde. Il sera encore plus sage que vos médecins; car il ne leur demandera point de secours.

argan. Tant pis pour lui s’il n’a point recours aux remèdes.

béralde. Il a ses raisons pour n’en point vouloir, et il soutient que cela n’est permis qu’aux gens vigoureux et robustes, et qui ont des forces de reste pour porter les remèdes avec la maladie ; mais que , pour lui, il n’a justement de la force que pour porter son mal.

argan. Les sottes raisons que voilà! Tenez, mon frère, ne parlons point de cet homme-là davantage; car cela m’échauffe la bile, et vous me donneriez mon mal.

béralde. Je le veux bien, mon frère; et, pour changer de discours, je vous dirai que, sur une petite répugnance que vous témoigne votre fille, vous ne devez point prendre les résolutions violentes de la mettre dans un couvent; que, pour le choix d’un gendre, il ne vous faut pas suivre aveuglément la passion qui vous emporte; et qu on doit, sur cette matière, s’accommoder un peu à l’inclination d’une fille, puisque c’est pour toute la vie, et que de là dépend le bonheur d’un mariage.

MONSIEUR FLEURANT, une seringue à la main ; ARGAN, BÉRALDE.

argan. Ah, mon frere! avec votre permission.

béralde. Comment? Que voulez-vous faire ?

argan. Prendre ce petit lavement-là : ce sera bientôt fait.

béralde. Vous vous moquez. Est-ce que vous ne sauriez être un moment sans lavement ou sans médecine? Remettez cela à une autre fois, et demeurez un peu en repos.

argan. Monsieur Fleurant, à ce soir, ou à demain au matin.

monsieur fleurant, à Béralde. De quoi vous mêlez-vous, de vous opposer aux ordonnances de la médecine, et d’empêcher monsieur de prendre mon clystère? Vous êtes bien plaisant d’avoir cette hardiesse-là.

LE MALADE IMAGINAIRE

rkralde. Allez, monsieur , on voit bien que vous n’avez pas accoutumé de parler à des visages.

monsieur fleurant. On ne doit point ainsi se jouer des remèdes, et me faire perdre mon temps. Je ne suis venu ici que sur une bonne ordonnance; et je vais dire «à monsieur Purgon comme on m’a empêché d’exécuter ses 01 di es , et de faire ma fonction. Vous verrez, vous verrez.

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