JO
LE SICILIEN
j’ai reçu un soulllet. Vous savez ce qu’est un soufflet , lorsqu’il se donne à main ouverte sur le beau milieu de la joue. J’ai ce soufflet fort sur le cœur, et je suis dans l’incertitude si, pour me venger de l’aflront , je dois me battre avec mon homme ou bien le faire assassiner.
don pèbre. Assassiner, c’est le plus court chemin. Quel est votre ennemi? hali. Parlons bas, s’il vous plaît. (Hali tient don Pèdre , en lui parlant, de façon qu’il ne peut voir Adraste.)
adraste, aux genoux d’Isidore, pendant que don Pèdre et Hali parlent bas ensemble. Oui, charmante Isidore, mes regards vous le disent depuis plus de deux mois, et vous les avez entendus. Je vous aime plus que tout ce que l’on peut aimer, et je n’ai point d’autre pensée, d’autre but, d’autre passion que d’être à vous toute ma vie. isidore. Je ne sais si vous dites vrai; mais vous persuadez. adraste. Mais vous persuadé-je jusqu’à vous inspirer quelque peu de bonté pour moi ?
Isidore. Je ne crains que d’en trop avoir.
adraste. En aurez-vous assez pour consentir, belle Isidore , au dessein que je vous ai dit ?
isidore. Je ne puis encore vous le dire. adraste. Qu’attendez-vous pour cela ?
isidore. A me résoudre.
adraste. Ali! quand on aime bien on se résout bientôt. isidore. Eh bien! allez, oui, j’y consens.
adraste. Mais consentez-vous, dites-moi , que ce soit dès ce moment même ?
isidore. Lorsqu’on est une fois résolu sur la chose, s’arréte-t-on sur le temps ?
don pèdre, a Hali. Voilà mon sentiment, et je vous baise les mains. hali. Seigneur, quand vous aurez reçu quelque soufflet, je suis aussi homme de conseil , et je pourrai vous rendre la pareille. don pèdre. Je vous laisse aller sans vous reconduire; mais entre cavaliers celte liberté est permise.
adraste , à Isidore. Non , il n’est rien qui puisse effacer de mon cœur les tendres témoignages... (à don Pèdre, apercevant Adraste qui parle de près à Isidore.) Je regardois ce petit trou qu’elle a au côté du menton, et je croyois d’abord que ce lût une tache. Mais c’est assez pour aujourd’hui, nous finirons une autre fois. ( à don Pèdre , qui veut voir le portrait.) Non, ne regardez rien encore; faites serrer cela, je vous prie; (à Isidore.) et vous, je vous conjure de ne vous relâcher point et de garder un esprit gai pour le dessein que j’ai d’achever notre ouvrage.
isiuore. Je conserverai pour cela toute la gaîté qu’il faut.