SCÈNE II
ÉRASTE, GROS-RENÉ
éraste. Encore rebuté?
gros- rksi k. Jamais ambassadeur ne fut moins écouté.
A peine ai-je voulu lui porter la nouvelle Du moment d’entretien que vous souhaitiez d’elle, Qu’elle m’a répondu, tenant son quant-à-moi:
Va, va, je lais état de lui comme de toi;
Dis-lui qu’il se promène; et, sur ce beau langage, Pour suivre son chemin, m’a tourné le visage,
Et Marinette aussi, d’un dédaigneux museau, Lâchant un: Laisse-nous, beau valet de carreau,
M’a planté là comme elle; et mon sort et le vôtre N’ont rien à se pouvoir reprocher l’un à l’autre. éraste. L’ingrate! recevoir avec tant de fierté
Le prompt retour d’un cœur justement emporté! Quoi! le premier transport d’un amour qu’on abuse Sous tant de vraisemblance est indigne d’excuse?
Et ma plus vive ardeur, en ce moment fatal,
Devoit être insensible au bonheur d’un rival ?
Tout autre n’eût pas fait même chose en ma place, Et se fût moins laissé surprendre à tant d’audace?
De mes justes soupçons suis-je sorti trop tard?
Je n’ai point attendu de serments de sa part;
Et, lorsque tout le monde encor ne sait qu’en croire, Ce cœur impatient lui rend toute sa gloire,
Il cherche à s’excuser; et le sien voit si peu Dans ce profond respect la grandeur de mon feu ! Loin d’assurer une ame, et lui fournir des armes Contre ce qu’un rival lui veut donner d’alarmes , L’ingrate m’abandonne à mon jaloux transport ,
Et rejette de moi, message, écrit, abord!
Ah! sans doute un amour a peu de violence,
Qu’est capable d’éteindre une si foible offense;
Et ce dépit si prompt à s’armer de rigueur,
Découvre assez pour moi tout le fond de sou cœur, Et de quel prix doit être à présent à mon ame Tout ce dont son caprice a pu flatter ma flamme. Non, je ne prétends plus demeurer engagé
184 LE DÉPIT AMOUREUX
Pour un cœur où jç vois le peu de part que j’ai;
Et, puisque l’on témoigne une froideur extrême A conserver les gens, je veux faire de même. gros-rené. Et moi de même aussi. Soyons tous deux fâches,
Et mettons notre amour au rang des vieux péchés.
Il faut apprendre à vivre à ce sexe volage,
Et lui faire sentir que l’on a du courage.
Qui souffre scs mépris, les veut bien recevoir.
Si nous avions l’esprit de nous faire valoir,
Les femmes n’auroient pas la parole si haute.
Oh ! qu’elles nous sont bien fières par notre faute !
Je veux être pendu, si nous ne les verrions Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,
Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes Les gâtent tous les jours dans le siècle où nous sommes. éraste. Pour moi, sur toute chose, un mépris me surprend;
Et, pour punir le sien par un autre aussi grand,
Je veux mettre en mon cœur une nouvelle flamme. gros-rené. Et moi, je ne veux plus m’embarrasser de femme;
A toutes je renonce, et crois, en bonne foi,
Que vous feriez fort bien de faire comme moi.
Car, Aroyez-vous, la femme est, comme on dit, mon maître, Un certain animal difficile à çonnoître,
Et de qui la nature est fort encline au mal :
Et comme un animal est toujours animal,
Et ne sera jamais qu’animal, quand sa vie Dureroit cent mille ans; aussi, sans repartie,
La femme est toujours femme, et jamais ne sera Que femme, tant qu’entier le monde durera.
D’où vient qu’un certain Grec dit que sa tête passe Pour un sable mouvant; car, goûtez bien, de grâce,
Ce raisonnement-ci, lequel est des plus forts;
Ainsi que la tète est comme le chef du corps,
Et que le corps sans chef est pire qu’une bête;
Si le chef n’est pas bien d’accord avec la tète,
Que tout ne soit pas bien réglé par le compas,
Nous voyons arriver de certains embarras;
La partie brutale alors veut prendre empire Dessus la sensitive, et l’on voit que l’un tire A dia, l’autre à hurhaut; l’un demande du mou,
L’autre du dur; enfin tout va sans savoir où;
Pour montrer qu’ici-bas, ainsi qu’on l'interprète,
La tète d’une femme est comme la girouette