‹ ŒuvresChapitre 125 sur 629 · LUCILE, ÉRASTE, MARINETTE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

LUCILE, ÉRASTE, MARINETTE, GROS-RENÉ

marinette. Je l’aperçois encor; mais ne vous rendez point.

LuciLE. Ne me soupçonne pas d’être foible à ce point. marinette. Il vient à nous.

éraste. Non, non, ne croyez pas, madame, Que je revienne encor vous parler de ma flamme. C’en est fait; je me veux guérir, et connois bien Ce que de votre cœur a possédé le mien.

Un courroux si constant pour l’ombre d’une offense M’a trop bien éclairé de votre indifférence,

Et je dois vous montrer que les traits du mépris

LE DÉPIT AMOUREUX

Sont sensibles surtout aux généreux esprits.

Je l’avouerai, mes yeux observoient clans les vôtres Des charmes qu’ils n’ont point trouvés dans tous les autres , Et le ravissement où j’étois de mes fers,

Les auroit préférés à des sceptres offerts.

Oui, mon amour pour vous, sans doute étoit extrême;

Je vivois tout en vous; et je l’avouerai même,

Peut-être qu’après tout j’aurai, quoique outragé,

Assez de peine encore à m’en voir dégagé :

Possible que malgré la cure qu’elle essaie,

Mon ame saignera long-temps de cette plaie,

Et qu’affranchi d’un joug qui faisoit tout mon bien,

Il faudra se résoudre à n’aimer jamais rien.

Mais enfin, il n’importe; et puisque votre haine Chasse un cœur tant de fois que l’amour vous ramène, C’est la dernière ici des importunités Que vous aurez jamais de mes vœux rebutés. luc île. Vous pouvez faire aux miens la grâce tout entière, Monsieur, et m’épargner encor cette dernière. éraste. Eh bien! madame, eh bien! ils seront satisfaits.

Je romps avecque vous, et j’y romps pour jamais,

Puisque vous le voulez. Que je perde la vie Lorsque de vous parler je reprendrai l’envie! lucile. Tant mieux; c’est m’obliger.

éraste. Non, non, n’ayez pas peur Que je fausse parole; eussé-je un foible cœur Jusques à n’en pouvoir effacer votre image,

Croyez que vous n’aurez jamais cet avantage De me voir revenir.

lucile. Ce seroit bien en vain.

éraste. Moi-même de cent coups je percerois mon sein,

Si j’avois jamais fait cette bassesse insigne De vous revoir après ce traitement indigne. lucile. Soit; n’en parlons donc plus.

éraste. Oui, oui, n’en parlons plus; Et, pour trancher ici tous propos superflus,

Et vous donner, ingrate, une preuve certaine Que je veux, sans retour, sortir de votre chaîne,

Je ne veux rien garder qui puisse retracer Ce que de mon esprit il me faut effacer.

Voici votre portrait; il présente à la vue

Cent charmes merveilleux dont vous êtes pourvue;

Mais il cache sous eux cent défauts aussi grands,

Page 1