MARINETTE, GROS-RENÉ
O la lâche personne!
gros-rené. Ah! le foible courage!
J’en rougis de dépit.
gros-rené. J’en suis gonflé de rage.
Ne t’imagine pas que je me rende ainsi.
Et ne pense pas, toi, trouver ta dupe aussi.
Viens, viens frotter ton ne2 auprès de ma colère.
Tu nous prends pour une autre, et tu n’as pas affaire A ma sotte maîtresse. Ardez le beau museau,
Pour nous donner envie encore de sa peau!
Moi, j’aurois de l’amour pour ta chienne de face? Moi, je te chercherois? Ma foi! Ton t’en fricasse Des filles comme nous.
gros-rené. Oui, tu le prends par-là?
Tiens, tiens, sans y chercher tant de façon, voilà Ton beau galant de neige, avec ta nonpareille;
Il n’aura plus l’honneur d’être sur mon oreille.
Et toi, pour te montrer que tu m’es à mépris,
Voilà ton demi-cent d’épingles de Paris,
Que tu me donnas hier avec tant de fanfare.
Tiens encor ton couteau. La pièce est riche et rare,
Il te coûta six blancs lorsque tu m’en fis don.
Tiens tes ciseaux avec ta chaîne de laiton.
J’oubliois d’avant-hier ton morceau de fromage, Tiens. Je voudrois pouvoir rejeter le potage Que tu me fis manger, pour n’avoir rien à toi.
Je n’ai point maintenant de tes lettres sur moi;
Mais j’en ferai du feu jusques à la dernière.
Et des tiennes tu sais ce que j’en saurai faire.
Prends garde à ne venir jamais me reprier.
Pour couper tout chemin à nous rapatrier,
Il faut rompre la paille. Une paille rompue Rend, entre gens d’honneur, une affaire conclue.
Ne fais point les doux yeux; je veux être fâché.
Ne me lorgne point, toi; j’ai l’esprit trop touché. Romps; voilà le moyen de ne s’en plus dédire;