‹ ŒuvresChapitre 178 sur 629 · LÉLIE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

LÉLIE, GROS-RENÉ

cros-renk. Enfin nous y voici. Mais, monsieur, si je l’ose,

Je voue] rois vous prier de me dire une chose. lélie. Eh bien! parle.

cros-rené. Avez-vous le diable dans le corps Pour ne pas succomber à de pareils efforts?

Depuis huit jours entiers, avec vos longues traites, Nous sommes à piquer de chiennes de mazettes,

De qui le train maudit nous a tant secoués

Que je m’en sens pour moi tous les membres roués;

Sans préjudice encor d’un accident bien pire,

Qui m’afflige un endroit que je ne veux pas dire: Cependant, arrivé, vous sortez bien et beau,

Sans prendre de repos, ni manger un morceau.

LÉLiE. Ce grand empressement n’est point digne de blâme;

De l’hymen de Célie on alarme mon ame;

Tu sais que je l’adore; et je veux être instruit,

Avant tout autre soin, de ce funeste bruit. gros-rené. Oui; mais un bon repas vous seroit nécessaire,

Pour s’aller éclaircir, monsieur, de cette affaire;

Et votre cœur, sans doute, en deviendroit plus fort Pour pouvoir résister aux attaques du sort;

J’en juge par moi-même; et la moindre disgrâce, Lorsque je suis à jeun, me saisit, me terrasse;

Mais quand j’ai bien mangé, mon ame est ferme à tout, Et les plus grands revers n’en viendraient pas à bout. Croyez-moi, bourrez-vous, et sans réserve aucune, Contre les coups que peut vous porter la fortune;

Et, pour fermer chez vous l’entrée à la douleur,

De vingt verres de vin entourez votre cœur. lélie. Je ne saurais manger.

gros-uené, bas, h part. Si ferai bien, je meure. haut. Votre diné pourtant seroit prêt tout-à-l’heure. lélie. Tais-toi, je te l’ordonne.

gros-rené. Ah! quel ordre inhumain !

lélie. J’ai de l’inquiétude, et non pas de la faim. gros-rené. Et moi, j’ai de la faim, et de l’inquiétude

De voir qu’un sot amour fait toute votre étude. lélie. Laisse-moi m informer de l’objet de mes vœux,

Et, sans m’importuner, va manger si tu veux. CKOs-RENK. Je ne i'cplique point à ce qu’un maître ordonne.

LÉLIE, seul.

Non, non, à trop de peur mon aine s’abandonne;

Le père m’a promis, et la fille a fait voir

Des preuves d’un amour qui soutient mon espoir.

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