‹ ŒuvresChapitre 201 sur 629 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

A de fâcheux combats, Élise, m’a réduite.

Quand je regardois l’un, rien ne me reprochoit Le tendre mouvement où mon aine penchoit;

Mais je me l’imputois à beaucoup d’injustice,

Quand de l’autre à mes yeux s’offroit le sacrifice:

Et don Sylve, après tout, dans ses soins amoureux, Me scmbloit mériter un destin plus heureux.

Je m’opposois encor ce qu’au sang de Castille Du feu roi de Léon semble devoir la fille;

Et la longue amitié, qui, d’un étroit lien,

Joignit les intérêts de son père et du mien.

Ainsi, plus dans mon aine un autre prenoit place, Plus de tous ses respects je plaignois la disgrâce Ma pitié, complaisante à scs brûlants soupirs,

D’un dehors favorable amusoit ses désirs;

Et vouloit réparer, par ce foible avantage,

Ce qu’au fond de mon cœur je lui faisois d’outrage. élise. Mais son premier amour que vous avez appris,

Doit de cette contrainte affranchir vos esprits;

Et, puisqu’avant ces soins, où pour vous il s’engage, Donc Ignés de son cœur avoit reçu l’hommage,

Et que, par des liens aussi fermes que doux, L’amitié vous unit, cette comtesse et vous,

Son secret révélé vous est une matière A donner à vos vœux liberté tout entière;

Et vous pouvez, sans crainte, à cet amant confus, D’un devoir d’amitié couvrir tous vos refus. done elvire. Il est vrai que j’ai lieu de chérir la nouvelle Qui m’apprit que don Sylve étoit un infidèle, Puisque par ses ardeurs mon cœur tyrannisé Contre elles «à présent se voit autorisé;

Qu’il en peut justement combattre les hommages, Et, sans scrupule, ailleurs donner tous ses suffrages. Mais enfin quelle joie en peut prendre ce cœur,

Si d’une autre contrainte il souffre la rigueur?

Si d’un prince jaloux l’éternelle foiblcsse Reçoit indignement les soins de ma tendresse,

Et semble préparer, dans mon juste courroux,

Un éclat à briser tout commerce entre nous? ti.isf. Mais, si de x'otre bouche il n’a point su sa gloire, Est-ce un crime pour lui que de n’oser la croire?

Et ce qui d un rival a pu flatter les feux,

L autorise-t-il pas à douter de vos vœux?

noNK ki. vi n K. Non, non, île cette sombre et lâche jalousie Rien ne peut excuser l’étrange frénésie,

Et, par mes actions, je l’ai trop informé Qu’il peut bien se flatter du bonheur d’être aimé. Sans employer la langue, il est des interprètes Qui parlent clairement des atteintes secrètes.

Un soupir, un regard, une simple rougeur,

Un silence est assez pour expliquer un cœur.

Tout parle dans l’amour; et, sur cette matière,

Le moindre jour doit être une grande lumière, Puisque, chez notre sexe où l’honneur est puissant, On ne montre jamais tout ce que l’on ressent.

J’ai voulu, je l’avoue, ajuster ma conduite,

Et voir d’un œil égal l’un et l’autre mérite :

Mais que contre ses vœux on combat vainement,

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