‹ ŒuvresChapitre 202 sur 629 · ACTE I, SCÈNE I. 2fi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. 2fi

Et que la différence est connue aisément De toutes ces faveurs qu’on fait avec étude,

A celles où du cœur fait pencher l’habitude!

Dans les unes toujours on paroît se forcer;

Mais les autres, hélas! se font sans y penser:

Semblables à ces eaux si pures et si belles,

Qui coulent sans effort des sources naturelles.

Ma pitié pour don Sylve avoit beau l’émouvoir,

J’en trahissois les soins sans m’en apercevoir;

Et mes regards au prince, en un pareil martyre,

En disoient toujours plus que je n’en voulois dire. ij.iSF. Enlîn si les soupçons de cet illustre amant,

Puisque vous le voulez, n’ont point de fondement,

Pour le moins font-ils foi d’une aine bien atteinte,

Et d’autres chériroient ce qui fait votre plainte.

De jaloux mouvements doivent être odieux,

S’ils partent d’un amour qui déplaît à nos yeux ;

Mais tout ce qu’un amant nous peut montrer d’alarmes Doit, lorsque nous l’aimons, avoir pour nous des charmes; C’est par-là que son feu se peut mieux exprimer;

Et, plus il est jaloux, plus nous devons l’aimer.

Ainsi, puisqu’en votre ame un prince magnanime... uoxe ei. vi uk. Ah! ne m’avancez point cette étrange maxime!

Partout la jalousie est un monstre odieux:

Rien n’en peut adoucir les traits injurieux;

Et plus l’amour est cher qui lui donne naissance,

Plus on doit ressentir les coups de cette offense.

Voir un prince emporté, qui perd à tous moments Le respect que l’amour inspire aux vrais amants;

Qui, dans les soins jaloux où son ame se noie,

Querelle également mon chagrin et ma joie,

Et dans tous mes regards ne peut rien remarquer,

Qu’en faveur d’un rival il ne veuille expliquer:

Non, non, par ces soupçons je suis trop offensée,

Et, sans déguisement, je te dis ma pensée.

Le prince don Garcie est cher âmes désirs;

Il peut d’un cœur illustre échauffer les soupirs;

Au milieu de Léon on a vu son courage Me donner de sa flamme un noble témoignage,

Braver, en ma faveur, des périls les plus grands,

M enlever aux desseins de nos lâches tyrans,

Et, dans ces murs forcés, mettre ma destinée A couvert des horreurs d’un indigne hyménée;

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Et je ne cèle point cpie j’aurois de l’ennui Que la gloire en fût due à quelque autre qu’à lui ;

Car un cœur amoureux prend un plaisir extrême A se voir redevable, Élise, à ce qu’il aime;

Et sa flamme timide ose mieux éclater,

Lorsqu’en favorisant elle croit s’acquitter.

Oui, j’aime qu’un secours, qui hasarde sa tête,

Semble à sa passion donner droit de conquête;

J’aime que mon péril m’ait jetée en ses mains;

Et, si les bruits communs ne sont pas des bruits vains,

Si la bonté du ciel nous ramène mon frère,

Les vœux les plus ardents que mon cœur puisse faire, C’est que son bras encor sur un perfide sang Puisse aider à ce frère à reprendre son rang;

Et, par d’heureux succès d’une haute vaillance,

Mériter tous les soins de sa reconnoissance :

Mais, avec tout cela, s’il pousse mon courroux,

S’il ne purge ses feux de leurs transports jaloux,

Et ne les range aux lois que je lui veux prescrire,

C’est inutilement qu’il prétend done Elvire :

L’hymen ne peut nous joindre, et j’abhorre des nœuds Qui deviendroient sans doute un enfer pour tous deux élise. Bien que l’on pût avoir des sentiments tout autres,

C’est au prince, madame, à se régler aux vôtres;

Et dans votre billet ils sont si bien marqués,

Que quand il les verra de la sorte expliqués... uone elvire. Je n’y veux point, Élise, employer cette lettre,

C’est un soin qu’à ma bouche il me vaut mieux commettre La faveur d’un écrit laisse aux mains d’un amant Des témoins trop constants de notre attachement;

Ainsi donc empêchez qu’au prince on ne la livre. élise. Toutes vos volontés sont des lois qu’on doit suivre J’admire cependant que le ciel ait jeté Dans le goût des esprits tant de diversité,

Et que ce que les uns regardent comme outrage,

Soit vu par d’autres yeux sous un autre visage.

Pour moi, je trouverois mon sort tout-à-fait doux,

Si j’avois un amant qui pût être jaloux;

Je saurois m’applaudir de son inquiétude;

Et ce qui pour mon ame est souvent un peu rude,

C’est de voir don Alvar ne prendre aucun souci. uone elvire. Nous ne le croyions pas si proche; le voici.

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