‹ ŒuvresChapitre 21 sur 629 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LÉLIE, MASCARILLE

mascarille. A vos désirs enfin il a fallu se rendre:

Malgré tous mes serments, je n’ai pu m’en défendre,

Et pour vos intérêts, que je voulois laisser,

En de nouveaux périls viens de m’embarrasser.

Je suis ainsi facile; et si de Mascarille Madame la nature avoit fait une fille,

Je vous laisse à penser ce que ç’auroit été.

Toutefois n’allez pas, sur cette sûreté,

Donner de vos revers au projet que je tente,

Me faire une bévue, et rompre mon attente.

Auprès d’Anselme encor nous vous excuserons,

Pour en pouvoir tirer ce que nous desirons;

Mais si dorénavant votre imprudence éclate,

Adieu, vous dis, mes soins pour l’objet qui vous flatte. léeie. Non, je serai prudent, te dis-je, ne crains rien:

Tu verras seulement...

mascarille. Souvenez-vous-en bien;

J’ai commencé pour vous un hardi stratagème.

Votre père fait voir une paresse extrême A rendre par sa mort tous vos désirs contents;

Je viens de le tuer (de parole, j’entends) :

Je fais courir le bruit que d’une apoplexie Le bonhomme surpris a quitté cette vie.

Mais avant, pour pouvoir mieux feindre ce trépas,

J’ai fait que vers sa grange il a porté ses pas;

On est venu lui dire, et par mon artifice,

Que les ouvriers qui sont après son édifice,

Parmi les fondements qu’ils en jettent encor,

A voient fait par hasard rencontre d’un trésor;

11 a volé d’abord; et comme à la campagne

Tout son monde à présent, hors nous deux, l’accompagne,

Dans l’esprit d’un chacun je le tue aujourd’hui,

Et produis un fantôme enseveli pour lui.

Enfin je vous ai dit à quoi je vous engage.

Jouez bien votre rôle; et, pour mon personnage,

Si vous apercevez que j’y manque d’un mot,

Dites absolument que je ne suis qu’un sot.

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