‹ ŒuvresChapitre 210 sur 629 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Et s’aille inquiéter si son discours leur nuit,

Pourvu que sa fortune en tire quelque fruit?

Tout ce qu’on fait ne va qu’à se mettre en leur grâce; Par la plus courte voie on y cherche une place,

Et les plus prompts moyens de gagner leur faveur, C’est de flatter toujours le foible de leur cœur; D’applaudir en aveugle à ce qu’ils veulent faire,

Et n’appuyer jamais ce qui peut leur déplaire:

C’est là le vrai secret d’être bien auprès d’eux.

Les utiles conseils font passer pour fâcheux,

Et vous laissent toujours hors de la confidence,

Où vous jette d’abord l’adroite complaisance.

Enfin, on voit partout que l’art des courtisans Ne tend qu’à profiter des foiblesses des grands,

A nourrir leurs erreurs, et jamais dans leur ame Ne porter les avis des choses qu’on y blâme. élise. Ces maximes un temps leur peuvent succéder;

Mais il est des revers qu’on doit appréhender;

Et dans l’esprit des grands, qu’on tâche de surprendre, Un rayon de lumière à la fin peut descendre,

Qui sur tous ces flatteurs venge équitablement Ce qu’a fait à leur gloire un long aveuglement. Cependant je dirai que votre ame s’explique Un peu bien librement sur votre politique;

Et ces nobles motifs, au prince rapportés,

Serviroient assez mal vos assiduités.

don lope. Outre que je pourrois désavouer sans blâme Ces libres vérités sur quoi s’ouvre mon ame,

Je sais fort bien qu’Élise a l’esprit trop discret Pour aller divulguer cet entretien secret.

Qu’ai-je dit, après tout, que sans moi l’on ne sache?

Et dans mon procédé que faut-il que je cache?

On peut craindre une chute avec quelque raison,

Quand on met en usage ou ruse ou trahison.

Mais qu’ai-je à redouter, moi, qui partout n’avance Que les soins approuvés d’un peu de complaisance?

Et qui suis seulement par d’utiles leçons La pente qu’a le prince à de jaloux soupçons?

Son ame semble en vivre, et je mets mon étude A trouver des raisons à son inquiétude,

A voir de tous côtés s’il ne se passe rien A fournir le sujet d’un secret entretien;

Et quand je puis venir, enflé d’une nouvelle,

Donner à son repos une atteinte mortelle,

C’est lors que plus il m'aime, et je vois sa raison D’une audience avide avaler ce poison,

Et m’en remercier comme d’une victoire Qui combleroit ses jours de bonheur et de gloire. Mais mon rival paroît, je vous laisse tous deux;

Et bien que je renonce à l’espoir de vos vœux, J’aurois un peu de peine à voir qu’en ma présence Il reçût des effets de quelque préférence,

Et je veux, si je puis, m’épargner ce souci. élise. Tout amant de bon sens en doit user ainsi.

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