‹ ŒuvresChapitre 215 sur 629 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

done elvire. Oui, vous le pouviez faire;

Et dans mes sentiments, assez bien déclarés,

Vos doutes rencontroient des garants assurés :

Vous n’aviez rien à craindre; et d’autres, sur ce gage, Auroient du monde entier brave le témoignage. don garcie. Moins on mérite un bien qu’on nous fait espérer,

Plus notre ame a de peine à pouvoir s’assurer.

Un sort trop plein de gloire à nos yeux est fragile,

Et nous laisse aux soupçons une pente facile.

Pour moi, qui crois si peu mériter vos bontés,

J’ai douté du bonheur de mes témérités;

J’ai cru que dans ces lieux rangés sous ma puissance, Votre ame se forçoit à quelque complaisance;

Que, déguisant pour moi votre sévérité... dose elvire. Et je pourrois descendre à cette lâcheté?

Moi, prendre le parti d’une honteuse feinte!

Agir par les motifs d’une servile crainte!

Trahir mes sentiments! et, pour être en vos mains,

D’un masque de faveur vous couvrir mes dédains!

La gloire sur mon cœur auroit si peu d’empire!

Vous pouvez le penser, et vous me l’osez dire? Apprenez que ce cœur ne sait point s’abaisser;

Qu’il n’est rien sous les cieux qui puisse l’y forcer;

Et, s’il vous a fait voir, par une erreur insigne,

Des marques de bonté dont vous n’étiez pas digne,

Qu’il saura bien montrer, malgré votre pouvoir,

La haine que pour vous il se résout d’avoir;

Braver' votre furie, et vous faire connoître Qu’il n’a point été lâche, et ne veut jamais l’être. don garcie. Eh bien! je suis coupable, et ne m’en défends pas,

Mais je demande grâce à vos divins appas;

Je la demande au nom de la plus vive flamme

Dont jamais deux beaux yeux aient fait brûler une ame.

Que, si votre courroux ne peut être apaisé,

Si mon crime est trop grand pour se voir excusé,

Si vous ne regardez ni l’amour qui le cause,

Ni le vif repentir que mon cœur vous expose,

Il faut qu’un coup heureux, en me faisant mourir, M’arrache à des tourments que je ne puis souffrir.

Non, ne présumez pas qu’ayant su vous déplaire,

Je puisse vivre une heure avec votre colère.

Déjà de ce moment la barbare longueur

Sous ses cuisants remords fait succomber mon cœur,

Et de mille vautours les blessures cruelles N’ont rien de comparable à ses douleurs mortelles. Madame, vous n’avez qu’à me le déclarer,

S’il n’est point de pardon que je doive espérer, Cette épée aussitôt, par un coup favorable,

Va percer, à vos yeux, le cœur d’un misérable;

Ce cœur, ce traître cœur, dont les perplexités Ont si fort outragé vos extrêmes bontés :

Trop heureux, en mourant, si ce coup légitime Efface en votre esprit l’image de mon crime,

Et ne laisse aucuns traits de votre aversion Au foible souvenir de mon affection :

C’est l’unique faveur que demande ma flamme, no xk klvire. Ah! prince trop cruel!

don garcie. Dites, parlez, madame.

DONE ELVIRE

DON GARCIF..

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