ACTE II, SCÈNE VI
Faut-il encor pour vous conserver des bontés,
Et vous voir 111’outragcr par tant d’indignités?
Un cœur ne peut jamais outrager quand il aime;
Et ce que fait l’amour, il l’excuse lui-même.
L’amour n’excuse point de tels emportements.
Tout ce qu’il a d’ardeur passe en ses mouvements;
Et plus il devient fort, plus il trouve de peine...
Non, ne m’en parlez point, vous méritez ma haine.
Vous me haïssez donc?
done elvire. J’y veux tâcher, au moins.
Mais, hélas! je crains bien que j’y perde mes soins,
Et que tout le courroux qu’excite votre offense,
Ne puisse jusque là faire aller ma vengeance.
D’un supplice si grand ne tentez point l’effort,
Puisque pour vous venger je vous offre ma mort; Prononcez-en l’arrêt, et j’obéis sur l’heure.
Qui ne saurait haïr ne peut vouloir qu’on meure.
Et moi, je ne puis vivre, à moins que vos bontés Accordent un pardon à mes témérités.
Résolvez l’un des deux, de punir ou d’absoudre.
Hélas! j’ai trop fait voir ce que je puis résoudre.
Par l’aveu d’un pardon, n’est-ce pas se trahir,
Que dire au criminel qu’on ne le peut haïr?
Ah! c’en est trop; souffrez, adorable princesse.
Laissez: je me veux mal d’une telle faiblesse seul.
Enfin je suis....