‹ ŒuvresChapitre 234 sur 629 · ACTE IV, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII

Et le masque est levé de votre trahison;

Voilà ce que marquoient les troubles de mon ame;

Ce n’étoit pas en vain que s’alarmoit ma flamme;

Par ces fréquents soupçons qu’on trouvoit odieux.

Je cherchois le malheur qu’ont rencontré mes yeux;

Et, malgré tous vos soins et votre adresse à feindre,

Mon astre me disoit ce que j’avois à craindre;

Mais ne présumez pas que, sans être vengé,

Je souffre le dépit de me voir outragé.

Je sais que sur les vœux on n’a point de puissance;

Que l’amour veut partout naître sans dépendance;

Que jamais par la force on n’entra dans un cœur;

Et que toute ame est libre à nommer son vainqueur :

Aussi ne trouverois-je aucun sujet de plainte,

Si pour moi votre bouche avoit parlé sans feinte;

Et, son arrêt livrant mon espoir à la mort,

Mon cœur n’auroit eu droit de s’en prendre qu’au sort. Mais d’un aveu trompeur voir ma flamme applaudie,

C’est une trahison, c’est une perfidie

Qui ne sauroit trouver de trop grands châtiments,

Et je puis tout permettre à mes ressentiments.

Non, non, n’espérez rien après un tel outrage;

Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage.

Trahi de tous côtés, mis dans un triste, état,

Il faut que mon amour se venge avec éclat;

Qu’ici j’immole tout à ma fureur extrême,

Et que mon désespoir achève par moi-même. done elvire. Assez paisiblement vous a-t-on écouté?

Et pourrai-je à mon tour parler en liberté? don garcie. Et par quels beaux discours, que l’artifice inspire... done elvire. Si vous avez encor quelque chose à me dire,

Vous pouvez l’ajouter, je suis prête à l’ouïr;

Sinon, faites au moins que je puisse jouir De deux ou trois moments de paisible audience. don garcie. Eh bien ! j’écoute. O ciel! quelle est ma patience! done elvire. Je force ma colère; et veux, sans nulle aigreur,

Répondre à ce discours si rempli de fureur. don garcie. C’est que vous voyez bien...

done elvire. Ah! j’ai prêté l’oreille Autant qu’il vous a plu; rendez-moi la pareille.

J’admire mon destin, et jamais sous les cieux Il ne fut rien, je crois, de si prodigieux,

Rien, dont la nouveauté soit plus inconcevable,

DOM GARCIE

Et rien que la raison rende moins supportable.

Je me vois un amant, qui, sans se rebuter,

Applique tous ses soins à me persécuter;

Qui, dans tout cet amour que sa bouche m’exprime,

Ne conserve pour moi nul sentiment d’estime;

Rien, au fond de ce cœur qu’ont pu blesser mes yeux, Qui fasse droit au sang que j’ai reçu des cieux,

Et de mes actions défende l’innocence

Contre le moindre effort d’une fausse apparence.

Oui , je vois...

{Don Garde montre de l’impatience pour parler.)

Ah! surtout ne m’interrompez point.

Je vois, dis-je, mon sort malheureux à ce point,

Qu’un cœur, qui dit qu’il m’aime, et qui doit faire croire Que, quand tout l’univers douteroit de ma gloire,

Il voudroit contre tous en être le garant,

Est celui qui s’en fait l’ennemi le plus grand.

On ne voit échapper aux soins que prend sa flamme Aucune occasion de soupçonner mon ame;

Mais c’est peu des soupçons, il en fait des éclats Que, sans être blessé, l’amour ne souffre pas.

Loin d’agir en amant, qui, plus que la mort même, Appréhende toujours d’offenser ce qu’il aime;

Qui se plaint doucement, et cherche avec respect A pouvoir s’éclaircir de ce qu’il croit suspect.

A toute extrémité dans ses doutes il passe;

Et ce n’est que fureur, qu’injure et que menace. Cependant aujourd’hui je veux fermer les yeux Sur tout ce qui devroit me le rendre odieux,

Et lui donner moyen, par une bonté pure.

De tirer son salut d’une nouvelle injure.

Ce grand emportement qu’il m’a fallu souffrir,

Part de ce qu’à vos yeux le hasard vient d’offrir.

J’aurois tort de vouloir démentir votre vue,

Et votre ame sans doute a dû paroître émue.

Et n’est-ce pas...

pone ei, vire. Encore un peu d’attention,

Et vous allez savoir ma résolution.

Il faut que de nous deux le destin s’accomplisse;

Vous êtes maintenant sur un grand précipice,

Et ce que votre cœur pourra délibérer Va vous y faire choir, ou bien vous en tirer.

Si, malgré cet objet qui vous a pu surprendre,

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