ACTE IV, SCÈNE VIII
Prince, vous me rendez ce que vous devez rendre,
Et ne demandez point d’autre preuve que moi,
Pour condamner l’erreur du trouble où je vous voi;
Si de vos sentiments la prompte déférence Veut sur ma seule foi croire mon innocence,
Et de tous vos soupçons démentir le crédit,
Pour croire aveuglément ce que mon cœur vous dit, Cette soumission, cette marque d’estime,
Du passé dans ce cœur efface tout le crime;
Je rétracte, à l’instant, ce qu’un juste courroux M’a fait, dans la chaleur, prononcer contre vous;
Et, si je puis un jour choisir ma destinée,
Sans choquer les devoirs du rang où je suis née,
Mon honneur, satisfait par ce respect soudain,
Promet à votre amour, et mes vœux et ma main :
Mais prêtez bien l’oreille à ce que je vais dire:
Si cette offre sur vous obtient si peu d’empire,
Que vous me refusiez de me faire entre nous Un sacrifice entier de vos soupçons jaloux;
S’il ne vous suffit pas de toute l’assurance
Que vous peuvent donner mon cœur et ma naissance,
Et que de votre esprit les ombrages puissants Forcent mon innocence à convaincre vos sens,
Et porter à vos yeux l’éclatant témoignage D’une vertu sincère à qui l’on fait outrage;
Je suis prête à le faire, et vous serez content:
Mais il vous faut de moi détacher à l’instant,
A mes vœux, pour jamais, renoncer de vous-même;
Et j’atteste du ciel la puissance suprême,
Que, quoi que le destin puisse ordonner de nous,
Je choisirai plutôt d’être à la mort qu’à vous.
Voilà dans ces deux choix de quoi vous satisfaire;
Avisez maintenant celui qui peut vous plaire, n on carcie. Juste ciel! jamais rien peut-il être inventé Avec plus d’artilice et de déloyauté?
Tout ce que des enfers la malice étudie,
A-t-il rien de si noir que cette perfidie?
Et peut-elle trouver dans toute sa rigueur Un plus cruel moyen d’embarrasser un cœur?
Ah! que vous savez bien ici contre moi-même,
Ingrate I vous servir de ma foiblesse extrême,
Et ménager pour vous l’effort prodigieux De ce fatal amour né de vos traîtres yeux!
Parce qu’on est surprise, et qu’on manque d’excuse, D’un offre de pardon on emprunte la ruse:
Votre feinte douceur forge un amusement Pour divertir l’effet de mon ressentiment;
Et, par le nœud subtil du choix qu’elle embarrasse. Veut soustraire un perfide au coup qui le menace. Oui, vos dextérités veulent me détourner D’un éclaircissement qui vous doit condamner;
Et votre ame, feignant une innocence entière,
Ne s’offre à m’en donner une pleine lumière Qu’à des conditions, qu’ après d’ardents souhaits Vous pensez que mon cœur n’acceptera jamais;
Mais vous serez trompée en me croyant surprendre. Oui, oui, je prétends voir ce qui doit vous défendre, Et quel fameux prodige, accusant ma fureur,
Peut de ce que j’ai vu justifier l’horreur. dose elvire. Songez que par ce choix vous allez vous prescrire De ne plus rien prétendre au cœur de done Elvire. don GARCiE. Soit. Je souscris à tout; et mes vœux, aussi bien,
En l’état où je suis, ne prétendent plus rien. done elvire. Vous vous repentirez de l’éclat que vous faites. don garcie. Non, non, tous ces discours sont de vaines défaites; Et c’est moi bien plutôt qui dois vous avertir Que quelque autre dans peu se pourra repentir;
Le traître, quel qu’il soit, n’aura pas l’avantage De dérober sa vie à l’effort de ma rage. done elvire. Ali! c’est trop en souffrir, et mon cœur irrité Ne doit plus conserver une sotte bonté; Abandonnons l’ingrat à son propre caprice;
Et, puisqu’il veut périr, consentons qu’il périsse.
[à don Garcie .)
Élise... A cet éclat vous voulez me forcer;
Mais je vous apprendrai que c’est trop m’offenser.