SCÈNE XI
won garcie. Quelles tristes clartés, dissipant mon erreur,
Enveloppent mes sens d’une profonde horreur,
Et ne laissent plus voir à mon ame abattue Que l’effroyahle objet d’un remords rpii me tue!
Ah! don Alvar, je vois que vous avez raison;
Mais l’enfer dans mon cœur a soufflé son poison ;
Et, par un trait fatal d’une rigueur extrême,
Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même. Que me sert-il d’aimer du plus ardent amour Qu’une ame consumée ait jamais mis au jour,
Si, par ces mouvements qui font toute ma peine,
Cet amour à tout coup se rend digne de haine?
Il faut, il faut venger par mon juste trépas L’outrage que j’ai fait à scs divins appas;
Aussi bien quels conseils aujourd’hui puis-je suivre? Ah! j’ai perdu l’objet pour qui j’aimois à vivre.
Si j’ai pu renoncer à l’espoir de ses vœux,
Renoncer à la vie est beaucoup moins fâcheux. don alvar. Seigneur...
don carcie. Non, don Alvar, ma mort est nécessaire, Il n’est soins ni raisons qui m’en puissent distraire; Mais il faut que mon sort, en se précipitant,
Rende à cette princesse un service éclatant,
Et je veux me chercher, dans cette illustre envie, Les moyens glorieux do sortir de la vie;
Faire par un grand coup qui signale ma foi,
Qu’en expirant pour elle, elle ait regret à moi,
Et qu’elle puisse dire en se voyant vengée:
«C’est par son trop d’amour qu’il m’avoit outragée.» Il faut que de ma main un illustre attentat Porte une mort trop due au sein de Mauregat;
Que j’aille prévenir, par une belle audace,
Le coup dont la Castille avec bruit le menace;
Et j’aurai des douceurs, dans mon instant fatal,
De ravir cette gloire à l’espoir d’un rival.