VALÈRE, ERGASTE
YAI.ÈRE. Que vient de te donner cette farouche bête? ergaste. Cette lettre, monsieur, qu’avecque cette boétc
3i8 L’ÉCOLE DES MARIS,
On prétend qu’ait reçue Isabelle de vous,
Et dont elle est, dit-il, en un fort grand courroux.
C’est sans vouloir l’ouvrir qu’elle vous la fait rendre :
Lisez vite, et voyons si je me puis méprendre.
valère lit. « Cette lettre vous surprendra sans doute, et l’on peut trou- « ver bien hardi pour moi, et le dessein de vous l’écrire et la « manière de vous la faire tenir; mais je me vois dans un état « à ne plus garder de mesure. La juste horreur d’un mariage «dont je suis menacée dans six jours me fait hasarder toutes «choses; et, dans la résolution de m’en affranchir par quel- « que voie que ce soit, j’ai cru que je devois plutôt vous « choisir que le désesftoir. Ne croyez pas pourtant que vous «soyez redevable de tout à ma mauvaise destinée; ce n’est « pas la contrainte où je me trouve qui a fait naître les senti- « ments que j’ai pour vous; mais c’est elle qui en précipite le «témoignage, et qui me fait passer sur des formalités où la « bienséance du sexe oblige. Il ne tiendra qu’à vous que je « sois à vous bientôt, et j’attends seulement que vous m’ayez « marqué les intentions de votre amour, pour vous faire sa- « voir la l'ésolution que j’ai prise; mais, surtout, songez que «le temps presse, et que deux cœurs qui s’aiment doivent « s’entendre à demi-mot. »
ergastf.. Eh bien! monsieur, le tour est-il d’original?
Pour une jeune fille elle n’en sait pas mal!
De ces ruses d’amour la croiroit-on capable? valère. Ah! je la trouve là tout-à-fait adorable.
Ce trait de son esprit et de son amitié Accroît pour elle encor mon amour de moitié;
Et joint aux sentiments que sa beauté m’inspire... ercaste. La dupe vient; songez à ce qu’il vous faut dire.