ACTE II, SCÈNE XIV
Et de mes voeux encor vous pouvez être en doute? v.vlèrk. Oui, tout ce que monsieur de votre part m’a dit, Madame, a bien pouvoir de surprendre un esprit:
J’ai douté, je l’avoue; et cet arrêt suprême,
Qui décide du sort de mon amour extrême,
Doit m’être assez touchant, pour ne pas s’offenser Que mon cœur par deux fois le fasse prononcer. isaukllk. Non, non, un tel arrêt ne doit pas vous surprendre: Ce sont mes sentiments qu’il vous a fait entendre;
Et je les tiens fondés sur assez d’équité,
Pour en faire éclater toute la vérité.
Oui, je veux bien qu’on sache, et j’en dois être crue, Que le sort offre ici deux objets à ma vue,
Qui, m’inspirant pour eux différents sentiments,
De mon cœur agité font tous les mouvements.
L’un, par un juste choix où l’honneur m’intéresse,
A toute mon estime et toute ma tendresse;
Et l’autre, pour le prix de son affection,
A toute ma colère et mon aversion.
La présence de l’un m’est agréable et chère,
J’en reçois dans mon ame une allégresse entière;
Et l’autre, par sa vue, inspire dans mon cœur De secrets mouvements et de haine et d’horreur.
Me voir femme de l’un est toute mon envie;
Et plutôt qu’être à l’autre on m’ôteroit la vie.
Mais c’est assez montrer mes justes sentiments,
Et trop long-temps languir dans ce&rudes tourments Il faut que ce que j’aime, usant de diligence,
Fasse à ce que je hais perdre toute espérance,
Et qu’un heureux hymen affranchisse mon sort D’un supplice pour moi plus affreux que la mort. Scan a rkllk. Oui, mignonne, je songe à remplir ton attente.
Isabelle. C’est l’unique moyen de me rendre contente. scANAUKLi.E. Tu la seras dans peu.
Isabelle. Je sais qu’il est honteux Aux filles d’expliquer si librement leurs vœux. soanarelle. Point, point.
Isabelle. Mais en l’état où sont mes destinées,
De telles libertés doivent m’être données;
Et je puis, sans rougir, faire un aveu si doux A celui que déjà je regarde en époux.
soanarelle. Oui, ma pauvre fanfan, pouponne de mon ame. Isabelle. Qu’il songe donc, de grâce, à me prouver sa flamme.
L’ÉCOLE DES MARIS
soanarelle. Oui, tiens, baise ma main.
Isabelle. Que sans plus de soupirs Il conclue un hymen qui fait tous mes désirs,
Et reçoive en ce lieu la foi que je lui donne De n’écouter jamais les vœux d’autre personne.
(Elle fuit semblant d’embrasser Sganarellc et donne sa main à baiser
a Valère.
fl
scanakelle. Haï ! liai! mon petit nez, pauvre petit bouchon.
Tu ne languiras pas long-temps, je t’en répond.
(à Valère.)
Va, chut! Vous le voyez, je ne lui fais pas dire,
Ce n’est qu’ après moi seul que son ame respire. valère. Eh bien! madame, ch bien! c’est s’expliquer assez;
Je vois, par ce discours, de quoi vous me pressez, Et je saurai dans peu vous ôter la présence