ACTE 1, SCÈNE
Minutant à tous coups quelque retraite honnête;
Mais lui, pour le quitter, me voyant ébranlé:
Sortons, ce m’a-t-il dit, le monde est écoulé;
Et, sortis de ce lieu, me la donnant plus sèche:
Marquis, allons au cours faire voir ma calèche;
Elle est bien entendue, et plus d’un duc et pair En fait à mon faiseur faire une du même air.
Moi, de lui rendre grâce, et, pour mieux m’en défendre, De dire que j’avois certain repas à rendre.
— Ah! parbleu! j’en veux être, étant de tes amis,
Et manque au maréchal à qui j’avois promis.
— De la chère, ai-je fait, la dose est trop peu forte Pour oser y prier des gens de votre sorte.
— Non, m’a-t-il répondu, je suis sans compliment,
Et j’y vais pour causer avec toi seulement;
Je suis des grands repas fatigué, je te jure.
Mais si l’on vous attend, ai-je dit, c’est injure.
— Tu te moques, marquis; nous nous connoissons tous,
Et je trouve avec toi des passe-temps plus doux.
Je pestois contre moi, l’ame triste et confuse Du funeste succès qu’avoit eu mon excuse,
Et ne savois à quoi je devois recourir,
Pour sortir d’une peine à me faire mourir;
Lorsqu’un carrosse fait de superbe manière,
Et comblé de laquais et devant et derrière,
S’est, avec un grand bruit, devant nous arrêté,
D’où sautant un jeune homme amplement ajusté,
Mon importun et lui, courant à l’embrassade,
Ont surpris les passants de leur brusque incartade;
Et tandis que tous deux étoient précipités Dans les convulsions de leurs civilités,
Je me suis doucement esquivé sans rien dire;
Non sans avoir long-temps gémi d’un tel martyre,
Et maudit le fâcheux, dont le zèle obstiné M’ôtoit au rendez-vous qui m’est ici donné. la montagne. Ce sont chagrins mêlés aux plaisirs de la vie.
Tout ne va pas, monsieur, au gré de notre envie.
Le ciel veut qu’ici-bas chacun ait ses fâcheux,
Et les hommes seroicnt sans cela trop heureux. éuaste. Mais de tous mes fâcheux le plus fâcheux encore,
C’est Damis, le tuteur de celle que j’adore,
Qui rompt ce qu’à mes vœux elle donne d’espoir,
Et fait qu’en sa présence elle n’ose me voir.
Je crains d’avoir déjà passé l’heure promise,
Et c’est dans cette allée où devoit être Orphise. la montagne. L’heure d’un rendez-vous d’ordinaire s’étend,
Et n’est pas resserrée aux bornes d’un instant. éraste. Il est vrai; mais je tremble, et mon amour extrême D’un rien se fait un crime envers celle que j’aime. la montagne. Si ce parfait amour, que vous prouvez si bien,
Se fait vers votre objet un grand crime de rien,
Ce que son cœur pour vous sent de feux légitimes , En revanche, lui fait un rien de tous vos crimes. éraste. Mais, tout de bon, crois-tu que je sois d’elle aimé? la montagne. Quoi! vous doutez encor d’un amour confirmé? éraste. Ah! c’est malaisément qu’en pareille matière
Un cœur bien enflammé prend assurance entière;
U craint de se flatter; et, dans ses divers soins,
Ce que plus il souhaite est ce qu’il croit le moins ; Mais songeons à trouver une beauté si rarê.
! la montagne. Monsieur, votre rabat pardevant se sépare.