DORANTE, ÉRASTE
uokantf.. Ah! marquis! que l’on voit de fâcheux tous les jours Venir de nos plaisirs interrompre le cours!
Tu me vois enragé d’une assez belle chasse Qu’un fat... C’est un récit qu’il faut que je te fasse. éraste. Je cherche ici quelqu’un, et ne puis m’arrêter. dorante. Parbleu! chemin faisant, je te le veux conter.
Nous étions une troupe assez bien assortie,
Qui, pour courir un cerf, avions hier fait partie;
Et nous fûmes coucher sur le pays exprès,
C’est-à-dire, mon cher, en fin fond de forêts.
Comme cet exercice est mon plaisir suprême,
Je voulus, pour bien faire, aller au bois moi-même,
Et nous conclûmes tous d’attacher nos efforts Sur un cerf qu’un chacun nous disoit cerf dix-cors;
Mais, moi, mon jugement, sans qu’aux marques j’arrête, Fut qu’il n’étoit que cerf à sa seconde tête.
Nous avions, comme il faut, séparé nos relais,
Et déjeunions en hâte, avec quelques œufs frais, Lorsqu’un franc campagnard, avec longue rapière, Montant superbement sa jument poulinière,
Qu’il honoroit du nom de sa bonne jument,
S’en est venu nous faire un mauvais compliment,
Nous présentant aussi, pour surcroît de colère,
Un grand benêt de fds aussi sot que son père.
Il s’est dit grand chasseur, et nous a priés tous
Qu’il pût avoir le bien de courir avec nous.
Dieu préserve, en chassant, toute sage personne D’un porteur de liuchet, qui mal à propos sonne;
De ces gens qui, suivis de dix hourets galeux,
Disent, ma meute, et font les chasseurs merveilleux!
Sa demande reçue, et ses vertus prisées,
Nous avons été tous frapper à nos brisées.
A trois longueurs de trait, tayaut! voilà d’abord Le cerf donné aux chiens, .l’appuie, et sonne fort.
Mon cerf débuche, et passe une assez longue plaine,
Et mes chiens après lui, mais si bien en haleine,
Qu’on les auroit couverts tous d’un seul justaucorps.
Il vient à la forêt. Nous lui donnons alors La vieille meute; et moi, je prends en diligence Mon cheval alezan. Tu l’as vu?
éraste. Non, je pense.
dorante. Comment! C’est un cheval aussi bon qu’il est beau,
Et que, ces jours passés, j’achetai de Gaveau.
Je te laisse à penser si, sur cette matière,
Il voudroit me tromper, lui qui me considère.
Aussi je m’en contente; et jamais, en effet,
Il n’a vendu cheval, ni meilleur, ni mieux fait.
Une tète de barbe, avec l’étoile nette,
L’encolure d’un cygne, effilée et bien droite;
Point d’épaules non plus qu’un lièvre, court-jointé,
Et qui fait, dans son port, voir sa vivacité;
Des pieds, morbleu! des pieds! le rein double: à vrai dire, J’ai trouvé le moyen, moi seul, de le réduire;
Et sur lui, quoique aux yeux il montrât beau semblant, Petit-Jean de Gaveau ne mon toit qu’en tremblant.
Une croupe, en largeur à nulle autre pareille,
Et des gigots, dieu sait! Bref, c’est une merveille;
Et j’en ai refusé cent pistoles, crois-moi,
Au retour d’un cheval amené pour le roi.
Je monte donc dessus, et ma joie étoit pleine,
De voir filer de loin les coupeurs dans la plaine;
Je pousse, et je me trouve en un fort à l’écart ,
A la queue de nos chiens , moi seul avec Drécar.
Une heure là-dedans notre cerf se fait battre.
J’appuie alors mes chiens, et fais le diable à quatre;
Enfin jamais chasseur ne se vit plus joyeux.
Je le relance seul, et tout alloit des mieux,
Lorsque d’un jeune cerf s’accompagne le nôtre;