ACTE I, SCENE VI
horace. Arnolphe!
arnolphe. Ah! joie extrême!
Et depuis quand ici?
horack. Depuis neuf jours.
arnolphe. Vraiment?
iiorace. Je fus d’abord chez vous, mais inutilement. arnolphe. J’étois A la campagne.
uorace. Oui, depuis dix journées.
arnolphe. Oh! comme les enfants croissent en peu d’années!
J’admire de le voir au point où le voilà,
Après que je l’ai vu pas plus grand que cela. horace. Vous voyez.
arnolphe. Mais, de grâce, Orontc votre père,
Mon bon et cher ami, que j’estime et révère,
Que fait-il? que dit-il? est-il toujours gaillard?
A tout ce qui le touche il sait que je prends part :
Nous ne nous sommes vus depuis quatre ans ensemble,
Ni, qui plus est, écrit l’un à l’autre, me semble. horack. Il est, seigneur Arnolphe, encor plus gai que nous;
Et j’ avois de sa part une lettre pour vous;
Mais depuis, par une autre, il m’apprend sa venue,
Et la raison encor ne m’en est pas connue.
Savez-vous qui peut être un de vos citoyens,
Qui retourne en ces lieux avec beaucoup de biens,
Qu’il s’est en quatorze ans acquis dans l’Amérique? arnolphe. Non. Vous a-t-on point dit comme on le nomme?
horace. Enrique.
ARNOLPHE. Non.
horace. Mon père m’en parle, et qu’il est revenu,
Comme s’il devoit m’être entièrement connu,
Et m’écrit qu’en chemin ensemble ils se vont mettre Pour un fait important que ne dit point sa lettre.
(. Horace remet la lettre d’Oronte à Arnolphe.') arnolphe. J’aurai certainement grande joie à le voir,
Et pour le régaler je ferai mon pouvoir.
( après avoir lu la lettre.)
Il faut pour des amis des lettres moins civiles,
Et tous ces compliments sont choses inutiles.
Sans qu’il prît le souci de m’en écrire rien,
Vous pouvez librement disposer de mon bien. horace. Je suis homme à saisir les gens par leurs paroles,
Et j’ai présentement besoin de cent pistoles. arnolphe. Ma foi! c’est m’obliger que d’en user ainsi,
HORACE. Il faut...
arnoi.phe. Laissons ce style.
Eh bien! comment encor trouvez-vous cette ville? Horace. Nombreuse en citoyens, superbe en bâtiments;
Et j’en crois merveilleux les divertissements arnolphe. Chacun a ses plaisirs qu’il se fait à sa guise;
Mais pour ceux que du nom de galants on baptise, Ils ont en ce pays de quoi se contenter,
Car les femmes y sont faites à coqueter:
On trouve d’humeur douce et la brune et la blonde, Et les maris aussi les plus bénins du monde;
C’est un plaisir de prince; et des tours que je voi .le me donne souvent la comédie .à moi.
Peut-être en avez-vous déjà féru quelqu’une.
Vous est-il point encore arrivé de fortune?
Les gens faits comme vous font plus «pie les cens,
Et vous êtes de taille à faire des cocus.
L’ÉCOLE DES FEMMES
Et je me réjouis de les avoir ici.
Gardez aussi la bourse.