ACTE I, SCÈNE VI
horace. A ne vous rien cacher de la vérité pure,
J’ai d’amour en ces lieux eu certaine aventure,
Et l’amitié m’oblige à vous en faire part. arnoi.piik , à part. Bon! Voici de nouveau quelque conte gaillard;
Et ce sera de quoi mettre sur mes tablettes.
HORACE. Mais, de grâce, qu’au moins ces choses soient secrètes.
A R N O LP HE Oh!
horace. Vous n’ignorez pas qu’en ces occasions Un secret éventé rompt nos prétentions.
Je vous avoûrai donc avec pleine franchise Qu’ici d’une beauté mon ame s’est éprise.
Mes petits soins d’abord ont eu tant tic succès Que je me suis chez elle ouvert un doux accès;
Et, sans trop me vanter ni lui faire une injure,
Mes affaires y sont en fort bonne posture. a r no l ph F. , en riant.
Et c’est.?
horace, lui montrant le logis d’ Agnès.
Un jeune objet qui loge en ce logis Dont vous voyez d’ici que les murs sont rougis;
L’ÉCOLE DES FEMMES
Simple, à la vérité, par l’erreur sans seconde D’un homme qui la cache au commerce du monde,
Mais qui, dans l’ignorance où l’on veut l’asservir,
Fait briller des attraits capables de ravir;
U» air tout engageant, je ne sais quoi de tendre Dont il n’est point de cœur qui se puisse défendre.
Mais peut-être il n’est pas que vous n’ayez bien vu Ce jeune astre d’amour de tant d’attraits pourvu:
C’est Agnès qu’on l’appelle.
arnolphe, à part. Ah ! je crève!
horace. Pour l’homme, C’est, je crois, de la Zousse, ou Source, qu’on le nomme Je ne me suis pas fort arrêté sur le nom :
Riche, à ce qu’on m’a dit, mais des plus sensés, non;
Et l’on m’en a parlé comme d’un ridicule.
Le connoissez-vous point ?
arnolphe, à part. La fâcheuse pilule!
horace. Eh! vous ne dites mot?
arnolphe» Eh! oui, je le connoi.
horace. C’est un fou, n’est-ce pas?
arnolphe. Eh !...
horace. Qu’en dites-vous? quoi?
Eh! c’est-à-dire oui? Jaloux à faire rire?
Sot? Je vois qu’il en est ce que l’on m’a pu dire.
Enfin l’aimable Agnès a su m’assujétir.
C’est un joli bijou, pour ne vous point mentir;
Et ce seroit péché qu’une beauté si rare Fût laissée au pouvoir de cet homme bizarre.
Pour moi, tous mes efforts, tous mes vœux les plus doux Vont à m’en rendre maître en dépit du jaloux;
Et l’argent que de vous j’emprunte avec franchise IN’est que pour mettre à bout cette juste entreprise.
Vous savez mieux que moi, quels que soient nos efforts, Que l’argent est la clef de tous les grands ressorts,
Et que ce doux métal, qui frappe tant de tètes,
En amour, comme en guerre, avance les conquêtes.
Vous me semblez chagrin : seroit-ce qu’en effet Vous désapprouveriez le dessein que j’ai fait ? arnolphe. Non, c’est que je songeois...
horace. Cet entretien vous lasse. Adieu. J’irai chez vous tantôt vous rendre grâce.
ARNOLPii y. , sc croyant seul.
Ah! faut-il!...