‹ ŒuvresChapitre 360 sur 629 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Cet homme, gendarmé d’abord contre mon feu,

Qui chez lui se retranche et de grès fait parade,

Comme si j’y voulois entrer par escalade;

Qui, pour me repousser, dans son bizarre effroi,

Anime du dedans tous ses gens contre moi;

Et qu’abuse à scs yeux, par sa machine même,

Celle qu’il veut tenir dans l’ignorance extrême!

Pour moi, je vous l’avoue, encor que son retour En un grand embarras jette ici mon amour,

Je tiens cela plaisant, autant qu’on sauroit dire;

Je ne puis y songer sans de bon cœur en rire;

Et vous n’en riez pas assez, à mon avis. arnoi.phe, avec un ris forcé.

Pardonnez-moi, j’en ris tout autant que je puis.

Horace. Mais il faut qu’en ami je vous montre la lettre.

Tout ce que son cœur sent, sa main a su l’y mettre,

Mais en termes touchants et tout pleins de bonté,

De tendresse innocente et d’ingénuité,

De la manière enfin que la pure nature Exprime de l’amour la première blessure. arnolphe, bas, à part.

Voilà, friponne, à quoi l’écriture te sert;

Et, contre mon dessein, l’art t’en fut découvert.

Horace lit. « Je veux vous écrire, et je suis bien en peine par où je « m’y prendrai. J’ai des pensées que je desirerois que vous « sussiez; mais je ne sais comment faire pour vous les dire, « et je me défie de mes paroles. Comme je commence à « connoître qu’on m’a toujours tenue dans l’ignorance, j’ai « peur de mettre quelque chose qui ne soit pas bien et d’en « dire plus que je ne devrois. En vérité, je ne sais ce que « vous m’avez fait; mais je sens que je suis fâchée à mourir « de ce qu’on me fait faire contre vous, que j’aurai toutes « les peines du monde à me passer devons, et que je serois « bien aise d’être à vous. Peut-être qu’il y a du mal à dire « cela; mais enfin je ne puis m’empêcher de le dire, et je « voudrois que cela se pût faire sans qu’il y en eût. On me « dit fort que tous les jeunes hommes sont des trompeurs, « qu’il ne les faut point écouter, et que tout ce que vous « me dites n’est que pour m’abuser; mais je vous assure « que je n’ai pu encore me figurer cela de vous, et je suis « si touchée de vos paroles que je ne saurois croire qu’elles « soient menteuses. Dites -moi franchement ce qui en est;

L’ÉCOLE DES FEMMES

« car enfin, comme je suis sans malice, vous auriez le plus « grand tort du inonde si vous me trompiez, et je pense « que j’en mourrois de déplaisir. »

arnolph e , it part. Hon ! chienne!

horace. Qu’avez-vous?

arnolphe. Moi? rien. C’est que je tousse. horace. Avez-vous jamais vu d’expression plus douce?

Malgré les soins maudits d’un injuste pouvoir,

Un plus beau naturel peut-il se faire voir?

Et n’est-ce pas sans doute un crime punissable De gâter méchamment ce fond d’ame admirable;

D’avoir, dans l’ignorance et la stupidité,

Voulu de cet esprit étouffer la clarté?

L’amour a commencé d’en déchirer le voile;

Et si, par la faveur de quelque bonne étoile,

Je puis, comme j’espère, à ce franc animal,

Ce traître, ce bourreau, ce faquin, ce brutal... arnolphe. Adieu.

horace. Comment! si vite?

arnolphe. Il m’est dans la pensée Venu tout maintenant une affaire pressée. horace. Mais ne sauriez-vous point, comme on la tient de près, Qui dans cette maison pourroit avoir accès?

J’en use sans scrupule; et ce n’est pas merveille Qu’on se puisse, entre amis, servir à la pareille.

Je n’ai plus là-dedans que gens pour m’observer;

Et servante et valet, que je viens de trouver,

N’ont jamais, de quelque air que je m’y sois pu prendre, Adouci leur rudesse à me vouloir entendre.

J’avois pour de tels coups certaine vieille en main,

D’un génie, à vrai dire, au-dessus de l’humain:

Elle m’a dans l’abord servi de bonne sorte;

Mais, depuis quatre jours, la pauvre femme est morte.

Ne me pourriez-vous point ouvrir quelque moyen? arnolphe. Non, vraiment; et sans moi vous en trouverez bien. horace. Adieu donc. Vous voyez ce que je vous confie.

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