ACTE V, SCÈNE IX
oronte. Oui. Mais pour le conclure,
Si l’on vous a dit tout, ne vous a-t-on pas dit Que vous avez chez vous celle dont il s’agit,
La fdle qu’ autrefois, de l’aimable Angélique,
Sous des liens secrets eut le seigneur Enrique?
Sur quoi votre discours étoit-il donc fondé? chrysalde. Je m’étonnois aussi de voir son procédé. arnolphe. Quoi!...
CHRYSALDF.. D’un hymen secret ma sœur eut une fille,
Dont on cacha le sort à toute la famille. oronte. Et qui, sous de feints noms, pour ne rien découvrir,
Par son époux, aux champs fut donnée à nourrir. curysalde. Et dans ce temps, le sort, lui déclarant la guerre, L’obligea de sortir de sa natale terre. oronte. Et d’aller essuyer mille périls divers,
Dans ces lieux séparés de nous par tant de mers. chrysalde. Où ses soins ont gagné ce que dans sa patrie Avoient pu lui ravir l’imposture et l’envie. oronte. Et, de retour en France, il a cherché d’abord Celle à qui de sa fille il confia le sort. chrysalde. Et cette paysanne a dit avec franchise
Qu’en vos mains à quatre ans elle l’avoit remise. oronte. Et qu’elle l’avoit fait sur votre charité,
Par un accablement d’extrême pauvreté.
chrysalde. Et lui, plein de transport et l’allégresse en l’ame,
A fait jusqu’en ces lieux conduire cette femme. oronte. Et vous allez enfin la voir venir ici,
Pour rendre aux yeux de tous ce mystère éclairci. chrysalde, à Arnolphe.
Je devine à peu près quel est votre supplice;
Mais le sort en cela ne vous est que propice.
Si n’être point cocu vous semble un si grand bien ,
Ne vous point marier en est le vrai moyen. arnolphe, s'en allant tout transporté, et ne pouvant parler.
Ouf!