SCÈNE VI
sont les portraits des choses, de même nos paroles sont-elles les portraits de nos pensées. [Sganarclle , impatienté , ferme la bouche du docteur arec sa main h plusieurs reprises , et le docteur continue de parler d’abord que Sganarelle ôte sa main.) Mais ces portraits diffèrent des
autres portraits en ce que les autres portraits sont distingués partout de leurs originaux, et que la parole enferme en soi son original, puisqu’elle n’est autre chose que la pensée expliquée par un signe extérieur; d’où vient que ceux qui pensent bien sont aussi ceux qui parlent le mieux. Expliquez-moi donc votre pensée par la parole qui est le plus intelligible de tous les signes. sganarelle pousse le docteur dans sa maison, et tire la porte pour l’ empêcher de sortir. Peste de l’homme!
pancrace , au dedans de sa maison. Oui, la parole est animi index et spéculum. C’est le truchement du cœur, c’est l’image de famé. [Il monte à la fenêtre , et continue.) C’est un miroir qui nous présente naïvement
5S.H LE MARIAGE FORCÉ
les secrets les plus arcanes de nos individus; et, puisque vous avez la faculté de ratiociner et de parler tout ensemble, à quoi tient-il que vous ne vous serviez de la parole pour me faire entendre votre pensée?
sganarelle. C’est ce que je veux faire; mais vous ne voulez pas m’écouter.
i’ANcr ace. Je vous écoute, parlez.
scanarelle. Je d is donc, monsieur le docteur, que...
pancrace. Mais, surtout, soyez bref.
scanarelle. Je le serai.
pancrace. Évitez la prolixité.
SGANARELLE. Eli! lUOllsi...
pancrace. Tranchez-moi votre discours d’un apophtegme à la laconienne.
SCANARELLE. Je VOUS...
pancrace. Point d’ambages, de circonlocution. [Sganarelle , de dépit de ne point parler , ramasse des pierres pour en casser la tête du docteur.)