SCÈNE VI
pancrace. Une proposition condamnée par Aristote! sganarelle. Cela est vrai. Je...
pancrace. En termes exprès.
sganarelle. Vous avez raison. (se tournant du côte par où Pancrace est. entré.') Oui, vous êtes un sot et un impudent, de vouloir disputer contre un docteur qui sait lire et écrire. Voilà qui est l'ait : je vous prie de m’écouter. Je viens vous consulter sur une affaire qui m’embarrasse. J’ai dessein de prendre une femme, pour me tenir compagnie dans mon ménage. La personne est belle et bien faite; elle me plaît beaucoup et est ravie de m’épouser. Son père me l’a accordée; mais je crains un peu ce que vous savez, la disgrâce dont on ne plaint personne, et je voudrois bien vous prier, comme philosophe, de me dire votre sentiment. Eh! quel est votre avis là-dessus? pancrace. Plutôt que d’accorder qu’il faille dire la forme d’un chapeau, j’accorderois que daturvacuum in reru ni naturd, et que je ne suis qu’une bête. sganarelle, à part. La peste soit de l’homme ! ( à Pancrace.) Eh ! monsieur le docteur, écoutez un peu les gens. On vous parle une heure durant , et vous ne répondez point à ce qu’on vous dit. pancrace. Je vous demande pardon. Une juste colère m’occupe l’esprit. sganarelle. Eh! laissez tout cela, et prenez la peine de m’écouter. pancrace. Soit. Que voulez-vous me dire? sganarelle. Je veux vous parler de quelque chose. pancrace. Et de quelle langue voulez-vous vous servir avec moi? sganarelle. De quelle langue?
PANCRACE. Oui.
sganarelle. Parbleu! de la langue que j’ai dans la bouche. Je crois que je n’irai pas emprunter celle de mon voisin. pancrace. Je vous dis , de quel idiome, de quel langage? sganarelle. Ah! c’est une autre affaire. pancrace. Voulez-vous me parler italien?
SGANARELLE. Non.
PANCRACE. Espagnol?
SGANARELLE. Non.
pancrace. Allemand ?
SGANARELLE. Non.
PANCRACE. Anglois?
SGANARELLE. Non.
pancrace. Latin?
SGANARELLE. Noil.
pancrace. Grec?
SGANARELLE. Non.
pancrace. Hébreu?
SGANARELLE. Noil.
LE MARIAGE FORCÉ
pancrace. Syriaque?
SGANARELLE. Noil.
PANCRACE. TlirC?
SCAN ABEL LE. Noil.
pancrace. Arabe?
sganarelle. Non, non, françois, françois, françois.
pancrace. Ali! françois.
sganarelle. Fort bien.
pancrace. Passez donc de l’autre côté; car cette oreille-ci est destinée pour les langues scientifiques et étrangères, et l’autre est pour la vulgaire et la maternelle.
sganarelle, h part. Il faut bien des cérémonies avec ces sortes de gens-ci. pancrace. Que voulez-vous?
sganarelle. Vous consulter sur une petite difficulté. pancrace. Ali! ali ! sur une difficulté de philosophie, sans doute? sganarelle. Pardonnez-moi. Je...
pancrace. Tous voulez peut-être savoir si la substance et l’accident sont termes synonymes ou équivoques à l’égard de l’être ?
SGANARELLE. Poillt du tOUt. Je...
pancrace. Si la logique est un art ou une science?
sganarelle. Ce n’est pas cela. Je...
pancrace. Si elle a pour objet les trois opérations de l’esprit, ou la troisième seulement?
SGANARELLE. Noil. Je...
pancrace. S’il y a dix catégories ou s’il n’y en a qu’une? sganarelle. Point. Je...
pancrace. Si la conclusion est de l’essence du syllogisme?
SGANARELLE. Neilllî. Je...
pancrace. Si l’essence du bien est mise dans l’appétibilité ou dans la. convenance?
SGANARELLE. Noil. Je...
pancrace. Si le bien se réciproque avec la fin? sganarelle. Eh! non. Je...
pancrace. Si la fin nous peut émouvoir par son être réel ou par son être intentionnel ?
sganarelle. Non, non, non, non, non, de par tous les diables! non. pancrace. Expliquez donc votre pensée; car je ne puis pas la deviner. sganarelle. Je vous la veux expliquer aussi; mais il faut m’écouter.
( Pendant cjuc Sganarelle dit:) L’affaire que j’ai à vous dire, c’est que j’ai envie de me marier avec une fille qui est jeune et belle. Je l’aime fort et l’ai demandée à son père; mais, comme j’appréhende... pancrace dit en meme temps sans écouter Sganarelle. La parole a été donnée à l’homme pour expliquer sa pensée; et tout ainsi que les pensées