‹ ŒuvresChapitre 456 sur 629 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

EURYALE, ARBATE.

ah uate. Ce silence rêveur, dont la sombre habitude

Vous fait à tous moments chercher la solitude;

Ces longs soupirs que laisse échapper votre cœur,

Et ces fixes regards si chargés de langueur,

Disent beaucoup, sans doute, à des gens de mon âge; Et je pense, seigneur, entendre ce langage;

Mais, sans votre congé, de peur de trop risquer,

Je n’ose m’enhardir jusques à l’expliquer. eu r y ALi''.. Explique, explique, Arbate, avec toute licence Ces soupirs, ces regards et ce morne silence.

Je te permets ici de dire que l’Amour

M’a rangé sous ses lois, et me brave à son tour;

Et je consens encor que tu me fasses honte Des foiblesses d’un cœur qui souffre qu’on le dompte. arbate. Moi, vous blâmer, seigneur, des tendres mouvements Où je vois qu’aujourd’hui penchent vos sentiments! Le chagrin des vieux jours ne peut aigrir mon amc Contre les doux transports de l’amoureuse flamme;

Et bien que mon sort touche à ses derniers soleils,

Je dirai que l’amour sied bien à vos pareils;

Que ce tribut qu’on rend aux traits d’un beau visage, De la beauté d’une ame est un clair témoignage,

Et qu’il est mal aisé que, sans être amoureux,

Un jeune prince soit et grand et généreux.

C’est une qualité que j’aime en un monarque;

La tendresse du cœur est une grande marque Que d’un prince à votre âge on peut tout présumer, Dès qu’on voit que son ame est capable d’aimer.

LA PRINCESSE D’ÉLIDE, ACTE I, SCÈNE I âft7

Oui, cette passion, de toutes la plus belle,

Traîne dans un esprit cent vertus après elle;

Aux nobles actions elle pousse les cœurs,

Et tous les grands héros ont senti scs ardeurs.

Devant nies yeux, seigneur, a passé votre enfance,

Et j’ai de vos vertus vu fleurir l’espérance;

Mes regards observoient en vous des qualités Où je reconnoissois le sang dont vous sortez;

J’y découvrois un fonds d’èsprit et de lumière;

Je vous trouvois bien fait, l’air grand, et l’ame fière; Votre cœur, votre adresse éclatoient chaque jour .

Mais, je m’inquiétois de ne voir point d’amour;

Et, puisque les langueurs d’une plaie invincible Nous montrent que votre ame à ses traits est sensible,

Je triomphe, et mon cœur, d’allégresse rempli,

Vous regarde à présent comme un prince accompli. furyalk. Si de l’Amour un temps j’ai bravé la puissance,

Hélas! mon cher Arbate, il en prend bien vengeance!

Et, sachant dans quels maux mon cœur s’est abîmé, Toi-même tu voudrais qu’il n’eût jamais aimé.

Car enfin, vois le sort où mon astre me guide;

J’aime, j’aime ardemment la princesse d’Elide;

Et tu sais que l’orgueil, sous des traits si charmants,. Arme contre l’amour ses jeunes sentiments,

Et comment elle fuit en cette illustre fête Cette foule d’amants qui briguent sa conquête.

Ah ! qu’il est bien peu vrai que ce qu’on doit aimer, Aussitôt qu’on le voit, prend droit de nous charmer,

Et qu’un premier coup d’œil allume en nous les flammes Où le ciel, en naissant, a destiné nos aines!

A mon retour d’Argos, je passai dans ces lieux,

Et ce passage offrit la princesse à mes yeux;

Je vis tous les appas dont elle est revêtue,

Mais de l’œil dont on voit une belle statue Leur brillante jeunesse observée à loisir Ne porta dans mon ame aucun secret désir,

Et d’Ithaque en repos je revis le rivage,

Sans m’en être en deux ans rappelé nulle image.

Un bruit vient cependant à répandre à ma cour Le célèbre mépris qu’elle fait de l’amour;

On publie en tous lieux que son ame hautaine Garde pour l’hy menée une invincible haine,

Et qu’un arc à la main, sur l’épaule un carquois,

VIS LA PRINCESSE D’ÉLIDE

Comme une autre Diane elle hante les bois,

N’aime rien que la chasse, et de toute la Grèce Fait soupirer en vain l’héroïque jeunesse.

Admire nos esprits, et la fatalité!

Ce que n’avoient point fait sa vue et sa beauté ,

Le bruit de ses fiertés en mon ame fit naître Un transport inconnu dont je ne fus point maître :

Ce dédain si fameux eut des charmes secrets A me faire avec soin rappeler tous ses traits;

Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle,

M’en refit une image et si noble et si belle,

Me peignit tant de gloire et de telles douceurs A pouvoir triompher de toutes ses froideurs,

Que mon cœur, aux brillants d’une telle victoire,

Vit de sa liberté s’évanouir la gloire;

Contre une telle amorce il eut beau s’indigner,

Sa douceur sur mes sens prit tel droit de régner, Qu’entraîné par l’effort d’une occulte puissance,

J’ai d’Ithaque en ces lieux fait voile en diligence,

Et je couvre un effet de mes vœux enflammés Du désir de paroître à ces jeux renommés Où l’illustre Iphitas, père de la princesse,

Assemble la plupart des princes de la Grèce.

MiiiATr. Mais à quoi bon, seigneur, les soins que vous prenez ? Et pourquoi ce secret où vous vous obstinez?

Vous aimez, dites-vous, cette illustre princesse,

Et venez à ses yeux signaler votre adresse;

Et nuis empressements, paroles ni soupirs,

Ne l’ont instruite encor de vos brûlants désirs?

Pour moi, je n’entends rien à cette politique Qui ne veut point souffrir que votre cœur s’explique; Et je ne sais quel fruit peut prétendre un amour Qui fuit tous les moyens de se produire au jour, ken vau . Et que ferai-je, Arbate, en déclarant ma peine, Qu’attirer les dédains de cette ame hautaine,

Et me jeter au rang de ces princes soumis,

Que le titre d’amants lui peint en ennemis?

Tu vois les souverains de Messène et de Pyle Lui faire de leurs cœurs un hommage inutile.

Et de l’éclat pompeux des plus grandes verte .

En appuyer en vain les respects assidus :

Ce rebut de leurs soins, sous un triste silenn ,

Retient de mon amour toute la violence :

Jd

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