ACTE 1, SCÈNE i. 56U
Je me tiens condamné dans ces rivaux fameux,
Et je lis mon arrêt au mépris qu’on fait d’eux.
Aur.ATK. Et c’est dans ce mépris et dans cette humeur fière,
Que votre ame à ses vœux doit voir plus de lumière, Puisque le sort vous donne à conquérir un cœur Que défend seulement une simple froideur,
Et qui n’impose point à l’ardeur qui vous presse De quelque attachement l’invincible tendresse.
Un cœur préoccupé résiste puissamment;
Mais, quand une ame est libre, on la force aisément ;
Et toute la fierté de son indifférence
N’a rien dont ne triomphe un peu de patience.
Ne lui cachez donc plus le pouvoir de ses yeux ,
Faites de votre flamme un éclat glorieux;
Et, bien loin de trembler de l’exemple des autres,
Du rebut de leurs vœux fortifiez les vôtres.
Peut-être, pour toucher ses sévères appas,
Aurez-vous des secrets que ces princes n’ont pas;
Et, si de ses fiertés l’impérieux caprice Ne vous fait éprouver un destin plus propice,
Au moins est-ce un bonheur en ces extrémités Que de voir avec soi ses rivaux rebutés. muivai.f.. J’aime à te voir presser cet aveu de ma flamme;
Combattant mes raisons, tu chatouilles mon ame;
Et, par ce que j’ai dit, je voulois pressentir Si, de ce que j’ai fait tu pourrois m’applaudir.
Car enfin, puisqu’il faut t’en faire confidence,
On doit à la princesse expliquer mon silence;
Et peut-être, au moment que je t’en parle ici,
Le secret de mon cœur, Arbate, est éclairci.
Cette chasse, où, pour fuir la foule qui l’adore,
Tu sais qu’elle est allée au lever de l’aurore,
Est le temps que Moron, pour déclarer mon feu,
A pris...
arbate. Moron, seigneur !
euryale. Ce choix t’étonne un peu ;
Par son titre de fou tu crois le bien connoître;
Mais sache qu’il l’est moins qu’il ne le veut paroître;
Et que, malgré l’emploi qu’il exerce aujourd’hui,
Il a plus de bon sens que tel qui rit de lui.
La princesse se plaît à ses bouffonneries :
Il s’en est fait aimer par cent plaisanteries,
Et peut, dans cet accès, dire et persuader
LA. PRINCESSE D’ÉLIDE
Ce que d’autres que lui n’oseroicnt hasarder;
Je le vois propre enfin à ce que j’en souhaite :
Il a pour moi, dit-il, une amitié parfaite,
Et veut, dans mes États ayant reçu le jour,
Contre tous mes rivaux appuyer mon amour.
Quelque argent mis en main pour soutenir ce zèle...