‹ ŒuvresChapitre 468 sur 629 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LA PRINCESSE, AGLANTE, CYNTHIE, PHILIS

j a princesse. Oui, j’aime à demeurer dans ces paisibles lieux;

On n’y découvre rien qui n’enchante les yeux;

Et de tous nos palais la savante structure Cède aux simples beautés qu’y forme la nature.

Ces arbres, ces rochers, cette eau, ces gazons frais, Ont pour moi des appas à ne lasser jamais. ace ante. Je chéris comme vous ces retraites tranquilles,

Où l’on se vient sauver de l’embarras des villes.

De mille objets charmants ces lieux sont embellis; Et ce qui doit surprendre, est qu’aux portes d’Ëlis La douce passion de fuir la multitude Rencontre une si belle et vaste solitude.

Mais, à vous dire vrai, dans ces jours éclatants Vos retraites ici me semblent hors de temps;

Et c’est fort maltraiter l’appareil magnilique Que chaque prince a fait pour la fête publique.

Ce spectacle pompeux de la course des chars Devoit bien mériter l’honneur de vos regards. la princesse. Quel droit ont-ils chacun d’y vouloir ma présence, Et que dois-je, après tout, à leur magnificence?

Ce sont soins que produit l’ardeur de m’acquérir,

Et mon cœur est le prix qu’ils veulent tous courir.

LA PRINCESSE D’ÉLIDE

Mais, quelque espoir qui flatte un projet de la sorte,

Je me tromperai fort si pas uu d’eux l’emporte. cïnthie. Jusques à quand ce cœur veut-il s’effaroucher Des innocents desseins qu’on a de le toucher,

Et regarder les soins que pour vous on se donne Comme autant d’attentats contre votre personne?

Je sais qu’en défendant le parti de l’amour,

On s’expose chez vous à faire mal sa cour;

Mais ce que par le sang j’ai l’honneur de vous être S’oppose aux duretés que vous faites paroître,

Et je ne puis nourrir d’un flatteur entretien Vos résolutions de n’aimer jamais rien.

Est- il rien de plus beau que l’innocente flamme Qu’un mérite éclatant allume dans une ame!

Et seroit-ce un bonheur de respirer le jour,

Si d’entre les mortels on bannissoit l’amour?

Non, non, tous les plaisirs se goûtent ù le suivre,

Et vivre sans aimer n’est pas proprement vivre. agi. ante. Pour moi, je tiens que cette passion est la plus agréable affaire de la vie; qu’il est nécessaire d’aimer pour vivre heureusement, et que tous les plaisirs sont fades s’il ne s’y mêle un peu d’amour. la princesse. Pouvez -vous bien toutes deux, étant ce que vous êtes, prononcer ces paroles? et ne devez-vous pas rougir d’appuyer une passion qui n’est qu’erreur, que foiblesse et qu’emportement, et dont tous les désordres ont tant de répugnance avec la gloire de notre sexe? J’en prétends soutenir l’honneur jusqu’au dernier moment de ma vie et ne veux point du tout me commettre à ces gens qui font les esclaves auprès de nous pour devenir un jour nos tyrans. Toutes ces larmes, tous ces soupirs, tous ces hommages, tous ces respects, sont des embûches qu’on tend à notre cœur et qui souvent l’engagent à commettre des lâchetés. Pour moi, quand je regarde certains exemples et les bassesses épouvantables oû cette passion ravale les personnes sur qui elle étend sa puissance, je sens tout mon cœur qui s’émeut; et je ne puis souffrir qu’une ame, qui fait profession d’un peu de fierté, ne trouve pas une honte horrible à de telles foiblesscs. cïnthie. Eli! madame, il est de certaines foiblesses qui ne sont point honteuses et qu’il est beau même d’avoir dans les plus hauts degrés de gloire. J’espère que vous changerez un jour de pensée; et, s’il plaît au ciel, nous verrons votre cœur avant qu’il soit peu... i.a princesse. Arrêtez. N’achevez pas ce souhait étrange: j’ai une horreur trop invincible pour ces sortes d’abaissements; et, si jamais j’étois capable d’y descendre, je serois personne, sans doute, à ne me le point pardonner.

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