‹ ŒuvresChapitre 538 sur 629 · DON LOUIS, DON JUAN, SGANARELLE · texte numérisé non relu

DON LOUIS, DON JUAN, SGANARELLE

don louis. Je vois bien que je vous embarrasse et que vous vous passeriez fort aisément de ma venue. A dire vrai, nous nous incommodons étrangement l’un et l’autre, et, si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déportements. Hélas! que nous savons peu ce que nous faisons quand nous ne laissons pas au ciel le soin des choses qu’il nous faut, quand nous voulons être plus avisés que lui . et que nous venons à l’importuner par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées! J’ai souhaité un fils avec des ardeurs non pareilles; je l’ai demandé sans relâche avec des transports incroyables, et ce fils, que j’obtiens en fatiguant le ciel de vœux, est le chagrin et le supplice de cette vie même dont je croyois qu’il devoit être la joie et la consolation. De quel œil, à votre avis, pensez-vous que je puisse voir cet amas d’actions indignes dont on a peine, aux yeux du monde, d’adoucir le mauvais visage; cette suite continuelle de méchantes affaires qui nous réduisent à toute heure à lasser les bontés du souverain et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services et le crédit de mes amis? Ah! quelle bassesse est la vôtre! Ne rougissez-vous point de mériter si peu votre naissance? Etes-vous en droit, dites-moi, d’en tirer quelque vanité? et qu’avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme? Croyez -vous qu’il suffise d’en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une gloire d’être sorti d’un sang noble lorsque nous vivons en infâmes? Non, non, la naissance n’est rien où la vertu n’est pas. Aussi, nous n’avons part à la gloire de nos ancêtres qu’autant que nous nous efforçons de leur ressembler; et cet éclat de leurs actions qu’ils répandent sur nous nous impose un engagement de leur faire le même honneur, de suivre les pas qu’ils nous tracent et de ne point dégénérer de leur vertu si nous voulons être estimés leurs véritables descendants. Ainsi, vous descendez en vain des aïeux dont vous êtes ne; ils vous désavouent pour leur sang, et tout ce qu’ils ont fait d’illustre ne vous donne aucun avantage; au contraire, l’éclat n’en rejaillit sur vous qu’à votre déshonneur et leur gloire est un flambeau qui éclaire aux yeux d’un

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