‹ ŒuvresChapitre 587 sur 629 · ORONTE, ALCESTE, PHILINTE · texte numérisé non relu

ORONTE, ALCESTE, PHILINTE

oronte, h Alceste. J’ai su là-bas que, pour quelques emplettes, Eliante est sortie et Célimène aussi.

Mais, comme Ton m’a dit que vous étiez ici,

J’ai monte pour vous dire, et d’un cœur véritable.

Que j’ai conçu pour vous une estime incroyable ,

Et que, depuis long-temps, cette estime m’a mis Dans un ardent désir d’être de vos amis.

Oui, mon cœur au mérite aime à rendre justice,

Et je brûle qu’un nœud d’amitié nous unisse.

Je crois qu’un ami chaud et de ma qualité N’est pas assurément pour être rejeté.

{Vendant le discours d' Oronte, Alceste est rêveur et semble ne pus entendre que c’est à lui qu’on parle. Il ne sort de sa rêverie que quand Oronte lui dit:)

C’est à vous, s’il vous plaît, que ce discours s’adresse.

A moi, monsieur?

oronte. A vous. Trouvez-vous qu’il vous blesse? Non pas. Mais la surprise est fort grande pour moi,

Et je n’attendois pas l’honneur que je reçoi.

L’estime où je vous tiens ne doit point vous surprendre,

Et de tout l’univers vous la pouvez prétendre.

Monsieur...

oronte. L’Etat n’a rien qui ne soit au-dessous Du mérite éclatant que l’on découvre en vous.

Monsieur...

oronte. Oui, de ma part, je vous tiens préférable A tout ce que j’y vois de plus considérable.

Monsieur...

oronte. Sois-je -du ciel écrasé, si je mens;

Et, pour vous confirmer ici mes sentiments,

Souffrez qu’à cœur ouvert, monsieur, je vous embrasse,

Et qu’en votre amitié je vous demande place.

ALCESTE

ALCESTE

ORONTE

ALCESTE

ALCESTE

ALCESTE

ALCESTE

ORONTE

ALCESTE

ORONTE

ALCESTE

ORONTE

ALCESTE

ALCESTE

LE MISANTHROPE

Touchez là, s’il vous plaît. Vous me la promettez,

Votre amitié?

alceste. Monsieur...

oronte. Quoi ! vous y résistez ?

Monsieur, c’est trop d’honneur que vous me voulez faire, Mais l’amitié demande un peu plus de mystère;

Et c’est assurément en profaner le nom ,

Que de vouloir le mettre à toute occasion.

Avec lumière et choix cette union veut naître;

Avant que nous lier il faut nous mieux connoître ;

Et nous pourrions avoir telles complexions Que tous deux du marché nous nous repentirions. Parbleu! c’est là-dessus parler en homme sage,

Et je vous en estime encore davantage.

Souffrons donc que le temps forme des noeuds si doux; Mais cependant je m’offre entièrement à vous.

S’il faut faire à la cour pour vous quelque ouverture,

On sait qu’ auprès du roi je fais quelque ligure;

II m’écoute; et dans tout il en use, ma foi!

Le plus honnêtement du monde avecque moi.

Enfin, je suis à vous de toutes les manières;

Et, comme votre esprit a de grandes lumières,

Je viens, pour commencer entre nous ce beau nœud, Vous montrer un sonnet que j’ai fait depuis peu,

Et savoir s’il est bon qu’au public je l’expose.

Monsieur, je suis mal propre à décider la chose.

Veuillez m’en dispenser.

oronte. Pourquoi?

alceste. J’ai le défaut D’ètre un peu plus sincère en cela qu’il ne faut.

C’est ce que je demande, et j’aurois lieu de plainte.

Si, m’exposant à vous pour me parler sans feinte,

Vous alliez me trahir et me déguiser rien.

Puisqu’il vous plaît ainsi, monsieur, je le veux bien. Sonnet. C’est un sonnet... L’espoir... C’est une dame,

Qui de quelque espérance avoit flatté ma flamme. L’espoir... Ce ne sont point de ces grands vers pompeux, Mais de petits vers doux, tendres et langoureux.

Nous verrons bien.

oronte. L’espoir... Je ne sais si le style Pourra vous en paroître assez net et facile,

Et si du choix des mots vous vous contenterez.

Nous allons voir, monsieur.

Page 1