‹ ŒuvresChapitre 589 sur 629 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Quel besoin si pressant avez-vous de rimer?

Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer?

Si l’on peut pardonner l’essor d’un mauvais livre,

Ce n’est qu’aux malheureux qui composent pour vivre. Croyez-moi. Résistez à vos tentations,

Dérobez au public ces occupations,

Et n’allez point quitter, de quoi que l’on vous somme,

Le nom que dans la cour vous avez d’honnête homme , Pour prendre de la main d’un avide imprimeur Celui de ridicule et misérable auteur.

C’est ce que je tâchai de lui faire comprendre. onoNTF.. Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre.

Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet... alceste. Franchement, il est bon à mettre au cabinet.

Vous vous êtes réglé sur de méchants modèles,

Et vos expressions ne sont point naturelles.

Qu’est-cc que, Nous berce un temps notre ennui ?

Et que, Rien ne marche après lui?

Que, Ne vous pas mettre en dépense Pour ne me donner que l’espoir?

Et que, Philis, on désespère,

Alors qu’on espère toujours?

Ce style figuré, dont on fait vanité,

Sort du bon caractère et de la vérité;

Ce n’est que jeu de mots, qu’affectation pure,

Et ce n’est point ainsi que parle la nature.

Le méchant goût du siècle en cela me fait peur;

Nos pères, tout grossiers, l’avoient beaucoup meilleur;

Et je prise bien moins tout ce que l’on admire Qu’une vieille chanson que je m’en vais vous dire :

Si le roi m’avoit donné Paris, sa grand’ ville,

Et qu’il me fallût quitter L’amour de ma mie,

Je dirois au roi Henri:

Reprenez votre Paris,

J’aime mieux ma mie, ô gué!

J’aime mieux ma mie.

LE MISANTHROPE

La rime n’est pas riche et le style en est vieux ;

Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux Que ces colifichets dont le bon sens murmure,

Et que la passion parle là toute pure?

Si le roi m’avoit donné Paris, sa grand’ ville,

Et qu’il me fallût quitter L’amour de ma mie,

Je dirois au roi Henri :

Reprenez votre Paris,

J’aime mieux ma mie, ô gué!

J’aime mieux ma mie.

Voilà ce que peut dire un cœur vraiment épris.

(à Philinte qui rit.')

Oui, monsieur le rieur, malgré vos beaux-esprits, J’estime plus cela que la pompe fleurie De tous ces faux brillants où chacun se récrie. oronte. Et moi, je vous soutiens que mes vers sont fort bons. alceste. Pour les trouver ainsi vous avez vos raisons;

Mais vous trouverez bon que j’en puisse avoir d’autres Qui se dispenseront de se soumettre aux vôtres. oronte. Il me suffit de voir que d’autres en font cas. alceste. C’est qu’ils ont l’art de feindre; et moi, je ne l’ai pas. oronte. Croyez-vous donc avoir tant d’esprit en partage ? alceste. Si je louois vos vers, j’en aurois davantage. oronte. Je me passerai bien que vous les approuviez. alceste. Il faut bien, s’il vous plaît, que vous vous en passiez. oronte. Je voudrois bien, pour voir, que de votre manière Vous en composassiez sur la même matière. alceste. J’en pourrois, par malheur, faire d’aussi méchants;

Mais je me garderois de les montrer aux gens. oronte. Vous me parlez bien ferme, et cette suffisance... alceste. Autre part que chez moi cherchez qui vous encense. oronte. Mais, mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut. alceste. Ma foi! mon grand monsieur, je le prends comme il faut. philinte , se mettant entre deux.

Eh! messieurs, c’en est trop. Laissez cela, de grâce.

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