ARSINOÉ, CÉLIMÈNE
arsinoé. Leur départ né pouvoit plus à propos se faire. cémmkne. Voulons-nous nous asseoir?
arsinoé. Il n’est pas necessaire.
Madame, l’amitié dirit surtout éclater Aux choses qui le plus nous peuvent importer;
Et comme il n’en est point de plus grande importance Que celles de l’honneur et de la bienséance,
Je viens, par un avis qui touche votre honneur, Témoigner l’amitié què pour vous a mon cœur.
Hier j’étois chez des gens de vertu singulière,
Où sur vous du discours on tourna la matière;
Et là votre conduite, avec ses grands éclats,
Madame, eut le malheur qu’on ne la loua pas.
Cettè foule de gens dont vous souffrez visite,
Votre galanterie, et les bruits qu’elle excite, Trouvèrent des censeurs plus qu’il n’auroit fallu,
Et bien plus rigoureux que je n’eusse voulu.
Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre;
Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre,
Je vous excusai fort sur votre intention,
Et voulus de votre ame être la caution.
Mais vous savez qu’il est des choses dans la vie Qu’on ne peut excuser quoiqu’on en ait envie;
Et je me vis contrainte à demeurer d’accord Que l’air dont vous vivez vous faisoit un peu tort; Qu’il prenoit dans le monde une méchante face;
Qu’il n’est conte fâcheux que partout on n’en fasse;
Et que, si vous vouliez, tous vos déportements Pourraient moins donner prise aux mauvais jugements. Non que j’y croie au fond l’honnêteté blessée;
Me préserve le ciel d’en avoir la pensée!
Mais aux ombres du crime on prête aisément foi,
Et ce n’est pas assez de bien vivre pour soi.
Madame, je vous crois l’aine trop raisonnable,
Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,
Et pour l’attribuer qu’aux mouvements secrets D’un zèle qui m’attache à tous vos intérêts.