‹ ŒuvresChapitre 607 sur 629 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

Et vous saurez de moi qu’en deux fort bons endroits Vous fûtes hier loué par des gens d’un grand poids.

Eh! madame, l’on loue aujourd’hui tout le monde,

Et le siècle par là n’a rien qu’on ne confonde.

Tout est d’un grand mérite également doué,

Ce n’est plus un honneur que de se voir loué;

D’éloges on regorge , à la tète on les jette ,

Et mon valet de chambre est mis dans la gazette.

Pour moi , je voudrois bien que, pour vous montrer mieux Une charge à la cour vous pût frapper les yeux.

Pour peu que d’y songer vous nous fassiez les mines,

On peut, pour vous servir, remuer des machines,

Et j’ai des gens en main que j’emploierai pour vous,

Qui vous feront à tout un chemin assez doux.

Et que voudriez-vous , madame , que j’y fisse ?

L’humeur dont je me séns veut que je m’en bannisse;

Le ciel ne m’a point fait, en me donnant le jour,

Une ame compatible avec l’air de la cour.

Je ne me trouve point les vertus nécessaires Pour y bien réussir et faire mes affaires.

Etre franc et sincère est mon plus grand talent,

Je ne sais point jouer les hommes en parlant;

Et qui n’a pas le don de cacher ce qu’il pense Doit faire en ce pays fort peu de résidence.

Hors de la cour, sans doute, on n’a pas cet appui,

Et ces titres d’honneur qu’elle donne aujourd’hui;

Mais on n’a pas aussi, perdant ces avantages,

Le chagrin de jouer de fort sots personnages.

On n’a point à souffrir mille rebuts cruels,

On ri’a point à louer les vers de messieurs tels,

A donner de l’encens à madame une telle,

Et de nos francs marquis essuyer la cervelle.

Laissons, puisqu’il vous plaît, ce chapitre de cour;

Mais il faut que mon cœur vous plaigne en votre amour; Et, pour vous découvrir là-dessus mes pensées,

Je souhaiterois fort vos ardeurs mieux placées.

Vous méritez, sans doute, un sort beaucoup plus doux, Et celle qui vous charme est indigne de vous.

Mais en disant cela, songez-vous, je vous prie,

Que cette personne est, madame, votre amie?

Oui. Mais ma conscience est blessée en effet De souffrir plus long-temps le tort que l’on vous fait. L’état où je vous vois afflige trop mon ame,

LE MISANTHROPE

Et je vous donne avis qu’on trahit votre flamme. alceste. C’est me montrer, madame, un tendre mouvement, Et de pareils avis obligent un amant.

arsinoé. Oui, toute mon amie, elle est et je la nomme Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme;

Et le sien n’a pour vous que de feintes douceurs. alceste. Cela se peut, madame, on ne voit pas les cœurs; Mais votre charité se seroit bien passée De jeter dans le mien une telle pensée. arsinoé. Si vous ne voulez pas être désabusé,

Il faut ne vous rien dire; il est assez aisé. alceste. Non. Mais sur ce sujet quoi que l’on nous expose,

Les doutes sont fâcheux plus que toute autre chose; Et je voudrois, pour moi, qu’on ne me fit savoir Que ce qu’avec clarté Ton peut me faire voir. arsinoé. Eh bien! c’est assez dit; et sur cette matière Vous allez recevoir une pleine lumière.

Oui, je veux que de tout vos yeux vous fassent foi. Donnez-moi seulement la main jusque chez moi;

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