‹ ŒuvresChapitre 610 sur 629 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

n Éliante.) C’est de sa trahison n’étre que trop certain

Que l’avoir dans ma poche écrite de sa main.

Oui, madame, une lettre écrite pour Oronte A produit à mes yeux ma disgrâce et sa honte; Oronte, dont j’ai cru qu’elle fuyoit les soins,

Et «pie de mes rivaux je redoutais le moins. i’hilinte. Une lettre peut bien tromper par l’apparence,

Et n’est pas quelquefois si coupable qu’on pense. alceste'. Monsieur, encore un coup, laissez-moi, s’il vous plaît, Et ne prenez souci que de votre intérêt. eliante. Vous devez modérer vos transports, et l’outrage... alceste. Madame, c’est à vous qu’appartient cet ouvrage;

C’est à vous que mon cœur a recours aujourd’hui Pour pouvoir s’affranchir de son cuisant ennui. Vengez-moi d’une ingrate et perfide parente,

Qui trahit lâchement une ardeur si constante, Vengez-moi de ce trait qui doit vous faire horreur. éliante. Moi, vous venger! comment?

alceste. En recevant mon cœur.

Acceptez-le, madame, au lieu de l’infidèle:

C’est par là que je puis prendre vengeance d’elle;

Et je la veux punir par les sincères vœux ,

Par le profond amour, les soins respectueux,

Les devoirs empressés et l’assidu service Dont ce cœur va A’ous faire un ardent sacrifice. éi.ivnte. Je compatis sans doute à ce que vous souffrez Et ne méprise point le cœur que vous m’offrez;

Mais peut-être le mal n’est pas si grand qu’on pense , Et vous pourrez quitter ce désir de vengeance. Lorsque l’injure part d’un objet plein d’appas,

On fait force desseins qu’on n’exécute pas;

On a beau voir, pour rompre, une raison puissante, Une coupable aimée est bientôt innocente;

Tout le mal qu’on lui veut se dissipe aisément,

Et l’on sait ce que c’est qu’un courroux d’un amant. alceste. Non, non, madame, non. L’offense est trop mortelle; Il n’est point de retour et je romps avec elle;

Rien ne sauroit changer le dessein que j’en fais,

Et je me punirois de l’estimer jamais.

La voici. Mon courroux redouble à cette approche;

Je vais de sa noirceur lui faire un vif reproche, Pleinement la confondre, et vous porter après Un cœur tout dégagé de ses trompeurs attraits.

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LE MISANTHROPE

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