ACTE V, SCÈNE I
Et contre cet arrêt...
alceste. Non , je veux m’y tenir.
Quelque sensible tort qu’un tel arrêt me lasse,
Je me garderai bien de vouloir qu’on le casse;
On y voit trop à plein le bon droit maltraité,
Et je veux qu’il demeure à la postérité
Comme une marque insigne, un fameux témoignage
De la méchanceté des hommes de notre âge.
Ce sont vingt mille francs qu’il m’en pourra coûter;
Mais pour vingt mille francs j’aurai droit de pester Contre l’iniquité de la nature humaine Et de nourrir pour elle une immortelle haine. iuilinte. Mais enfin....
alceste. Mais enfin vos soins sont superflus.
Que pouvez- vous, monsieur, me dire là-dessus? Aurez-vous bien le front de me vouloir en facç , Excuser les horreurs de tout ce qui se passe? l’iiiLiNTE, Non, je tombe d’accord de tout ce qu’il vous plaît:
Tout marche par cabale et par pur intérêt;
Ce n’est plus que la ruse aujourd’hui qui l’emporte Et les hommes devroient être faits d’autre sorte.
Mais est-ce une raison que leur peu d’équité Pour vouloir se tirer de leur société?
Tous ces défauts humains nous donnent dans la vie.
Des moyens d’exercer notre philosophie :
C’est le plus bel emploi que trouve la vertu;
Et si de probité tout étoit revêtu,
Si tous les cœurs étoient francs, justes et dociles,
La plupart des vertus nous seroient inutiles,
Puisque on en met l’usage à pouvoir sans ennui,
Supporter dans nos droits l’injustice d’autrui;
Et de même qu’un cœur d’une vertu profonde... alceste. Je sais que vous parlez, monsieur, le mieux du monde;
En beaux raisonnements vous abondez toujours ;
Mais vous perdez le temps et tous vos beaux discours.
La raison, pour mon bien, veut que je me retire:
Je n’ai point sur ma langue un assez grand empire;
De ce que je dirois je ne répondrois pas,
Et je me jetterois cent choses sur les bras.
Laissez-moi, sans dispute, attendre Célimène.
Il faut qu’elle consente au dessein qui m’amène;
Je vais voir si son cœur a de l’amour pour moi,
Et c’est ce moment-ci qui doit m’en faire foi.
PM ll.INTE.
A LC. EST K.
PII I LINTK.
oRovri:.
Ci l. I M È.NE.
OROA'TE.
ALCESTE
OBONTE.
ALCESTE
OBONTE.
ALCESTE
OBONTE.
LE MISANTHROPE
Montons chez Élianle, attendant sa venue.
Non: de trop de soucis je me sens l’aine émue. Allez-vous-en la voir et me laissez enfin Dans ce petit coin sombre avec mon noir chagrin. C’est une compagnie étrange pour attendre;
Et je vais obliger Éliante à descendre.