‹ ŒuvresChapitre 84 sur 629 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ÉRASTE, GROS -RENÉ

éraste. Veux-tu que je te die? une atteinte secrète

Ne laisse point mon ame en une bonne assiette;

Oui, quoi qu’à mon amour tu puisses repartir,

Il craint d’être la dupe, à ne te point mentir;

Qu’en faveur d’un rival ta foi ne se corrompe,

Ou du moins qu’avec moi toi-même on ne te trompe. cros-rené. Pour moi, me soupçonner de quelque mauvais tour, Je dirai, n’en déplaise à monsieur votre amour,

Que c’est injustement blesser ma prud’homie,

Et se connoître mal en physionomie.

Les gens de mon minois ne sont point accusés D’être, grâces à Dieu, ni fourbes, ni rusés.

Cet honneur qu’on nous fait, je ne le démens guères, Et suis homme fort rond de toutes les manières.

Pour que l’on me trompât, cela se pourroit bien,

Le doute est mieux fondé; pourtant je n’en crois rien. Je ne vois point encore, ou je suis une bête,

Sur quoi vous avez pu prendre martel en tête.

Lucile, à mon avis, vous montre assez d’amour;

Elle vous voit, vous parle à toute heure du jour;

Et Valèrc, après tout, qui cause votre crainte,

Semble n’étre à présent souffert que par contrainte. éraste. Souvent d’un faux espoir un amant est nourri :

Page 1