‹ ŒuvresChapitre 85 sur 629 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Le mieux reçu toujours n’est pas le plus chéri;

Et tout ce que d’ardeur font paroître les femmes,

Parfois n’est qu’un beau voile à couvrir d’autres flammes. Valère enfin, pour être un amant rebuté,

Montre depuis un temps trop de tranquillité;

Et ce qu’à ces faveurs, dont tu crois l’apparence,

Il témoigne de joie ou bien d’indifférence,

M’empoisonne à tous coups leurs plus charmants appas, Me donne ce chagrin que tu ne comprends pas,

Tient mon bonheur en doute, et me rend difficile Une entière croyance aux propos de Lucile.

Je voudrois, pour trouver un tel destin plus doux,

Y voir entrer un peu de son transport jaloux,

Et, sur ses déplaisirs et son impatience,

Mon ame prendroit lors une pleine assurance.

Toi-même penses-tu qu’on puisse, comme il fait,

Voir chérir un rival d’un esprit satisfait?

Et, si tu n’en crois rien, dis-moi, je t’en conjure,

Si j’ai lieu de rêver dessus cette aventure? cros-rené. Peut-être que son cœur a changé de désirs,

Connoissant qu’il poussoit d’inutiles soupirs. eraste. Lorsque par les rebuts une ame est détachée,

Elle veut fuir l’objet dont elle fut touchée,

Et ne rompt point sa chaîne avec si peu d’éclat Qu’elle puisse rester en un paisible état.

De ce qu’on a chéri, la fatale présence Ne nous laisse jamais dedans l’indifférence;

Et, si de cette vue on n’accroît son dédain,

Notre amour est bien près de nous rentrer au sein : Enfin, crois-moi, si bien qu’on éteigne une flamme,

Un peu de jalousie occupe encore une ame;

Et l’on ne sauroit voir, sans en être piqué.

Posséder par un autre un cœur qu’on a manqué. cros-rené. Pour moi, je ne sais point tant de philosophie:

Ce que voyent mes yeux franchement je m’y fie;

Et ne suis point de moi si mortel ennemi,

Que je m’aille affliger sans sujet ni demi.

Pourquoi subtiliser, et faire le capable A chercher des raisons pour être misérable?

Sur des soupçons en l’air je m’irois alarmer!

Laissons venir la fête avant que la chômer.

Le chagrin me paroît une incommode chose;

Je n’en prends point pour moi sans bonne et juste cause,

LE DÉPIT AMOUREUX

Et mêmes ù mes yeux cent sujets d’en avoir S’offrent le plus souvent, que je ne veux pas voir.

Avec vous en amour je cours même fortune,

Celle que vous aurez me doit être commune;

La maîtresse ne peut abuser votre foi,

A moins que la suivante en fasse autant pour moi:

Mais j’en fuis la pensée avec un soin extrême.

Je veux croire les gens, quand on me dit: Je t’aime;

Et ne vais point chercher, pour m’estimer heureux ,

Si Mascarille ou non s’arrache les cheveux.

Que tantôt Marinctte endure qu’à son aise Jodelet par plaisir la caresse et la baise,

Et que ce beau rival en rie ainsi qu’un fou,

A son exemple aussi j’en rirai tout mon soûl,

Et l’on verra qui rit avec meilleure grâce. éraste. Voilà de tes discours.

gros-rené. Mais je la vois qui passe.

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