ACTE I, SCÈNE II
Ton discours de son cœur est-il bien l’interprète?
Ne me déguise point un mystère fatal;
Je ne t’en voudrois pas pour cela plus de mal:
Au nom des dieux, dis-moi si ta belle maîtresse N’abuse point mes vœux d’une fausse tendresse. marïnette. Eli! eli ! d’où vous vient donc ce plaisant mouvement? Elle ne fait pas voir assez son sentiment!
Quel garant est-ce encor que votre amour demande? Que lui faut-il?
cros-rené. A moins que Yalère se pende,
Bagatelle, son cœur ne s’assurera point. mari nette. Comment?
cros-rené. Il est jaloux jusques en un tel point. marïnette. De Yalère? Ah! vraiment la pensée est bien belle!
Elle peut seulement naître en votre cervelle.
Je vous croyois du sens, et jusqu’à ce moment J’avois de votre esprit quelque bon sentiment;
Mais, à ce que je vois, je m’étois fort trompée.
Ta tète de ce mal est-elle aussi frappée? cros-rené. Moi, jaloux? Dieu m’en garde, et d’être assez badin Pour m’aller emmaigrir avec un tel chagrin!
Outre que de ton cœur ta foi me cautionne,
L’opinion que j’ai de moi-même est trop bonne Pour croire auprès de moi que quelque autre te plut.
Où diantre pour rois -tu trouver qui me valût? marïnette. En effet, tu dis bien; voilà comme il faut être.
Jamais de ces soupçons qu’un jaloux fait paraître.
Tout le fruit qu’on en cueille est de se mettre mal,
Et d’avancer par-là les desseins d’un rival.
Au mérite souvent de qui l’éclat vous blesse,
Vos chagrins font ouvrir les yeux d’une maîtresse,
Et j’en sais tel, qui doit son destin le plus doux Aux soins trop inquiets de son rival jaloux.
Enfin, quoi qu’il en soit, témoigner de l’ombrage,
C’est jouer en amour un mauvais personnage,
Et se rendre, après tout, misérable à crédit.
Cela, seigneur Éraste, en passant vous soit dit. érastk. Eh bien! n’en parlons plus. Que venois-tu m’apprendre? marïnette. Vous mériteriez bien que Ton vous fit attendre,
Qu’afin de vous punir je vous tinsse caché Le grand secret pour quoi je vous ai tant cherché. Tenez, voyez ce mot, et sortez hors de doute;
Lisez-le donc tout haut, personne ici n’écoute.
LE DÉPIT AMOUREUX
kh astk lit. « Vous m’avez dit que votre amour « Étoit capable de tout faire;
« U se couronnera lui-même dans ce jour,
« S’il peut avoir l’aveu d’un père.
« Faites parler les droits qu’on a dessus mon cœur, « Je vous en donne la licence;
« Et, si c’est en votre faveur,
« Je vous réponds de mon obéissance. »
Ah! quel bonheur! O toi! qui me l’as apporté,
Je te dois regarder comme une déité!
gros-rené. Je vous le disois bien: contre votre croyance,
Je ne me trompe guère aux choses que je pense.
éraste relit. « Faites parler les droits qu’on a dessus mon cœur, « Je vous en donne la licence;
« Et, si c’est en votre faveur,
« Je vous réponds de mon obéissance. »
marinette. Si je lui rapportois vos foiblesses d’esprit,
Elle désavoûroit bientôt un tel écrit.
éraste. Ah! cache-lui, de grâce, une peur passagère,
Où mon ame a cru voir quelque peu de lumière; "Ou, si tu la lui dis, ajoute que ma mort Est prête d’expier Terreur de ce transport;
Que je vais à ses pieds, si j’ai pu lui déplaire, Sacrifier ma vie à sa juste colère.
marinette. Ne parlons point de mort, ce n’en est pas le temps. éraste. Au reste, je te dois beaucoup, et je prétends Reconnoître dans peu, de la bonne manière,
Les soins d’une si noble et si belle courrière. marinette. A propos; savez-vous où je vous ai cherché Tantôt encore?
éraste. Eh bien?
marinette. Tout proche du marché.
Où vous savez.
éraste. Où donc?
marinette. Là... dans cette boutique Où, dès le mois passé, votre cœur magnifique Me promit, de sa grâce, une bague.
éraste. Ah! j’entends.
gros-René. La matoise!