ASCAGNE, FROSINE
frosine. Ascagne, je suis fille à secret, Dieu merci. ascagne. Mais, pour un tel discours, sommes-nous bien ici?
Prenons garde qu’aucun ne nous vienne surprendre,
Ou que de quelque endroit on ne nous puisse entendre. frostne. Nous serions au logis beaucoup moins sûrement:
Ici de tous côtés on découvre aisément;
Et nous pouvons parler avec toute assurance. ascagne. Hélas! que j’ai de peine à rompre mon silence! frosine. Ouais! ceci doit donc être un important secret? ascagne. Trop, puisque je le dis à vous-même à regret,
Et que, si je pouvois le cacher davantage,
Vous ne le sauriez point.
frosine. Ah! c’est me faire outrage!
Feindre à s’ouvrir à moi, dont vous avez connu Dans tous vos intérêts l’esprit si retenu !
Moi, nourrie avec vous, et qui tiens sous silence Des choses qui vous sont de si grande importance,
Qui sais...
ascagne. Oui, vous savez la secret te raison Qui cache aux yeux de tous mon sexe et ma maison; Vous savez que dans celle où passa mon bas âge Je suis pour y pouvoir retenir l’héritage Que relàchoit ailleurs le jeune Ascagne mort,
Dont mon déguisement fait revivre le sort;
Et c’est aussi pourquoi ma bouche se dispense A vous ouvrir mon cœur avec plus d’assurance.